01.04.2009
ENTRE L’ETHIQUE DU RIBA ET L’ETHIQUE DE ZAKAH
ENTRE L’ETHIQUE DU RIBA ET L’ETHIQUE DE ZAKAH par Moncef DRINE*
La signification exacte du mot ribâ est l’augmentation ou le plus. Ainsi défini, il est sans connotation morale ni idéologique. Il peut même être qualifié de licite (Halal) ou interdit (Haram). Dans le domaine de l’économie il désigne une forme d’accumulation qui, sans jugement de valeur et sans une visée éthique, reste recherche du plus sans limite ni fin. En particulier dans le domaine de la richesse et de l’argent, le ribâ trouve dans la nature humaine même ce qui justifie les attitudes et motivations pécuniaires. Du point de vu psychologique et morale, le ribâ peut désigner un désir du plus (en l’occurrence un désir de plus d’argent). Le ribâ est aussi, d’une certaine manière, une culture ou un (état d’)esprit qui caractérise notre mode de production de richesse : l’esprit du capitalisme est un ribâ. Or, le capitalisme c’est nous ! et l’esprit ribâ est notre : toujours plus de prospérité économique, voilà notre attitude la plus courante en fait.
Le ribâ qui peut déclencher lui-même la recherche d’encore plus (Coran 39/30), dans et à partir de ce qui nous ne possédons pas (la propriété des autres ou amoual annas) est la culture dominante dans le capitalisme. La finance est au cœur de l’économie, le prêt à intérêt est au cœur de la finance (Marx), on peut dire que le taux d’intérêt est lui-même désir de recherche de plus : il s’agit, du point de vue morale et éthique, d’une culture de ribâ (Thakafa rabawiyya).
La recherche du plus, sous forme d’intérêt ou de ribâ, qui se manifeste dans les biens et la monnaie est donc l’éthique qui domine encore notre système économique : le capitalisme. La capacité d’accumuler des capitaux, via le système d’intérêt composé, est caractéristique et fondamentale dans le capitalisme (Keynes).
L’éthique alternative est la zakah ! que dis-je ? Une zakah est comme recherche d’excellence et du plus mais d’un tout autre ordre et, pour tout dire en Islam, sa visée est la face de Dieu Lui même. Or dire zakah cela implique dépense et répartition de richesse entre les membres de la société des hommes. L’appel explicite à plus de zakah, comme pilier de l’Islam et devoir religieux pour un croyant, est aussi appel implicite à plus de richesse. Comment ? Du fait que la richesse est condition nécessaire qui permet la zakah : pour donner plus, il faut avoir plus. Mais ici la zakah ne peut être contaminée par la logique du plus. Le fondement moral et la visée éthique l’empêchent à travers des règles et normes formant ainsi une partie du cadre éthique dans lequel elle s’inscrit.
La visée éthique ou la morale de chaque personne fait appel à la croyance et à la foi : l’éthique zakah enveloppe la recherche du plus (ou le ribâ) : voilà la différence pour une éthique alternative. La logique du plus ou culture ribâ, n’a pas à envelopper toutes les pratiques et idées alternatives à caractère éthique mais elles devraient être enveloppées par la zakah. La zakah apparaît comme recherche d’excellence dont la visée est attachée à l’infini, en Islam la visée éthique est la Face de Dieu ; un Amour qui pousse à incarner le libre choix d’adoration. Dans le cadre des règles, normes et principes liés à la recherche dans l’acquisition et d’accumulation richesse, je cherche à maximiser le volume et la valeur, ayant la conviction profonde et la foi qu’il ne m’appartient ni biens ni même droit absolu d’user et d’abuser, je vise aussi, en cherchant l’excellence et la satisfaction de Dieu, à maximiser la redonner la zakah. Sadaqa, waqf et bien d’autres moyens sont aussi plus que des institutions destinés à la redistribution de richesse. La Zakah est donc une pratique religieuse et donc une croyance et un sincérité sont nécessaires.
Le ribâ comme concept, est beaucoup plus qu’une règle juridique négative d’interdiction, il est, dans son essence et du sens qu’on peut lui donner, liée à l’éthique. La zakah est plus qu’une institution et moyen de répartition de richesse en économie, elle contient l’essentiel, le cœur même d’un système : une éthique alternative au ribâ.
Il y a d’une par le ribâ, qui cherche lui-même à s’accumuler et se composer dans et à partir des biens des nos semblables, ou de ce que nous ne possédons pas en fait, et d’autre part la zakah dont la visé est un attachement à l’infini (la Face de Dieu en Islam) : voilà ce qu’il y a à comparer, deux éthiques différentes au sujet du sens ou de la visée, mais ne sont pas contradictoires. Reste à préciser les notions, analyser les liens et donner les implications en termes économiques. L’éthique zakah ne peut s’en passer de l’éthique ribâ, voilà l’énigme. Comment, en fait peut elle le contenir, sans l’anéantir ?
Il me semble possible de soutenir que le verset 39 de la sourat Arroum (Coran 39 :30) contient ce qui donne matière à réflexion au sujet de l’éthique qui caractérise notre capitalisme ; d’une éthique alternative et de ce qui fait la différence entre elles. Or les anciennes interprétations, exception faite de Saddi et Al Hassan, restent dans l’aspect du don intéressé (hibât et hadaya, ce qui par définition le ribâ halal) alors que les nouvelles ont à peine confirmé qu’il s’agit dans ce verset du ribâ objet de l’interdiction, comme il était dans la sourat 2 (Coran 275 :2). L’aspect éthique qui permet d’élargir le sens à partir du cadre ou contexte de l’analyse économique et de l’économie n’a pas été soulevé. Sans chercher à contredire une ancienne interprétation (qui n’a pas été en fait la seule mais la dominante), ni forcer le sens du verset pour qu’il s’adapte à une certaine vision, ni même inventer une herméneutique inconvenante, il semble possible d’aboutir à clarifier l’essence d’une éthique musulmane en matière économique. Si cette attitude face au sens des versets du Coran se qualifie de pragmatique alors qu’elle soit : comprendre le Coran à l’image du contexte ne devrait poser aucun problème, le sens de l’enseignement du Coran n’a pas à être figé. Là encore le cadre analytique du choix rationnel à partir de l’intérêt personnel ne sera pas objet de contestation radicale. De même pour des notions comme la propriété privée ou le marché. L’éthique Zakah ne nous semble ni radicale ni révolutionnaire, elle est humaine mais découle d’une foi en l’unicité divine. Quant au discours, il est possible de garder la forme exprimant certains objets de l’analyse en termes du calcul même dans la relation de l’individu avec des aspects qui relèvent de la religion. On ne compte pas allez jusqu’à l’adoption d’un économisme mais on ne trouve pas choquant de dire : j’ai intérêt à adorer Dieu, à avoir envie d’entrer au paradis, à faire un don…
Que les finances éthiques fournissent des alternatives dans notre système est une bonne chose, mais que du coté éthique elle-même des idées sur des éthiques alternatives commencent à émerger afin d’améliorer la situation dans le futur. Les musulmans peuvent participer plus et mieux en économie comme en culture et dans le politique (le vivre ensemble).
*Drine Moncef, Diplômé en économie et finance internationale
17:02 Publié dans TRIBUNE LIBRE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : riba, zakat, waqf, ethique, alternative, finance islamique, capitalisme, economie islamique
05.01.2009
extrait d'une conférence en ..ISR/FI 2008
Extrait d'un débat lors d'une conférence sur la finance islamique un jour de 2008!!!!
Un homme :
« Cependant une question l’éthique ne ramènerait elle pas au fond a une concentration d individus respectant une éthique donné ….et d autres individus une autre éthique ….et à terme créer des communautés financières qui peuvent en exclure d’autres …
On a pas tous la même idée de l éthique ….notamment en Islam…je ne suis pas un spécialiste des Quakers au XVIIIè.
Cependant l'application récente des fonds ISR remonte à 1971. À cette date, deux pasteurs de l'Église Luther Tyson et Jack Corbett, lancent le "Pax World Fund" pour investir dans les entreprises non liées à l'armement et au tabac…
On a ici l éthique de l investissement catholiques qui d ailleurs se recoupe fortement avec ceux de l'Islam
Le reversement de la zakat a qui ? Et pourquoi pas a d’autres ? …les fonds waqf, pourquoi l’assurance et les projets caritatifs…?
Se baser sur les valeurs universelles des individus car en se basant sur cette approche tout le monde se sent proche les uns des autres …
La femme :
« En effet c'est un débat sans fin de savoir la part d'universel qui existe dans l'éthique.
Il n'y a pas une éthique mais des éthiques.
Et toute personne qui prétendrait imposer une vision juste et universelle de l'éthique serait un dictateur.
Mais en attendant de résoudre cette question philosophique, tout discours sur les valeurs ne peut-être que circonstancié et partial au sens de "prendre parti", alors en attendant l'idéal, on ne peut qu'échanger nos points de vue sur les options éthiques qui s'offrent à nous, qui restent des choix humains, personnels ou communautaires, mais qui permettent d'aboutir à un consensus et à un vivre ensemble plus ou moins cohérent.
Donc oui, je prends le parti de promouvoir certains aspects de l'éthique financière musulmane, pour montrer d'ailleurs qu'ils rejoignent des valeurs très simples dont se réclament les banques occidentales mais qui ne les appliquent guère.
De toutes façons, faire une démonstration sur la dimension éthique d'un phénomène, d'une idée, d'un geste, d'un événement, etc... ne sera jamais une démonstration scientifique, c'est forcément une prise de position politique au sens noble du terme.
*Waqf
Le Waqf qui signifie étymologiquement « l’emprisonnement d’un bien légué dans le but de l’exploiter à des fins autres que son propre usage » , est l’immobilisation d’un bien pour le faire fructifier et en donner le bénéfice aux pauvres. En d’autres termes, le Waqf est une sadaqa ou aumône continue dont les récompenses, l’utilité et les effets qui en découlent augmentent durant la vie du donateur et continuent après sa mort ; ses bénéfices étant distribués chaque année (fonds de roulement).
Un des premiers Waqf a été fait par Omar Ibn Al Khattâb (compagnon du Prophète) qui est venu voir un jour le Prophète en disant : "Oh! Prophète de Dieu, j'ai gagné à Khaybar des richesses comme je n’en ai jamais gagné auparavant. Que veux-tu que j’en fasse ? »Le Prophète d’Allah (SWS) dit :« Si tu le veux, tu peux conserver la partie initiatrice et donner ses bénéfices en charité de telle sorte que cette partie initiatrice ne puisse être vendue, achetée, donnée en cadeau ou léguée. »
Pendant ses années de prospérité, la nation musulmane a entrepris de continuer la sunna du Waqf, conservant la partie investie tout en affectant les bénéfices et les produits des rentes aux causes nobles. Ceci devînt une grande ressource pour les causes charitables au sein de la communauté musulmane.
L’histoire témoigne de l'importance du Waqf dans l'édification des mosquées et des institutions scientifiques ainsi que la prise en charge de l’hébergement des étudiants et les salaires des professeurs.
Dans le domaine de l’éducation et de la recherche scientifique, les fonds du Waqf financèrent quelques-uns parmi les plus grands travaux médicaux tels que le livre de Ibn-Rushd (Averroès) « Al-Kuliyât Fit-tibb » qui fut plus tard traduit dans plusieurs langues et devint la référence de base pour enseigner la médecine dans le monde occidental. Il faut citer aussi le livre d’Al-Kazi « Al-Haawi »’le livre de Ibn-Sina (Avicenne) « Al-Qânoun » et « Al-Kuliyât » le livre écrit par Ali Ibn-Issa, l’ophtalmologue renommé.
Dans le domaine des services de la santé, les fonds du Waqf ont été utilisés pour la construction de l’hôpital et l’école de médecine de Dar Al-Shifa en Egypte en 875 AH, le complexe médical Mouristâne à Bagdad et l’hôpital Mansûri, pour les bénéfices desquels Ibn-Annafîss – celui qui découvrit le système circulatoire – donna sa maison et sa bibliothèque comme Waqf. Dans la seule cité d'Andalousie de Cordoba, il y avait quelque 500 hôpitaux soutenus par les Waqfs.
De riches musulmans donnèrent en Waqf les terres situées dans un rayon de 100 mètres de chaque côté de la ligne de chemin de fer s’étendant depuis Istanbul jusqu’à Bagdad et Médine. Sans compter les milliers d’auberges pour les voyageurs, les provisions pour les orphelins et les fontaines.
Source secours islamique
Zakat
La zakât, ou aumône purificatrice obligatoire, constitue le troisième pilier de l’Islam.
Le but de la zakât (l’aumône purificatrice légale)[1] est de réaliser l’équilibre et la justice sociale, d’empêcher le monopole de l’argent par les riches et encourager la circulation des biens.
Le modèle économique islamique est différent du capitalisme et du communisme. L’argent en Islam est à Dieu et non pas à l’individu ou à l’Etat.
Celui qui s’acquitte de la zakât protége son argent et le bénie. Il purifie par là son cœur,éléve son âme et fait fructifier ses biens[2]. Dieu lui multiplie les mérites.
Ibn ‘Umar a dit : « Toute richesse sur laquelle on prélève la zakât n’est pas considérée comme thésaurisée, même si elle est enfouie au fin fond du sol. Mais toute richesse sur la quelle la zakât n’est pas prélevée est considérée comme thésaurisée même si elle n’était pas cachée ». Celui qui thésaurise les biens(et ne donne pas la zakât prescrite) est concerné par le châtiment promis par Dieu dans le Coran à ceux « qui thésaurisent l’or et l’argent ».
[1] Il faut distinguer l’aumône légale (obligatoire) (la zakât), de l’aumône volontaire (méritoire) (sadaqatun). Cette dernière peut être donnée à n’importe quel moment et sans conditions, à ceux qui la méritent. Ainsi, il faut au préalable émettre l’intention de donner la zakât, car les actes ne valent que par les intentions.
(Il peut émettre cette intention (que ceci est zakât) au moment de distinguer la part (valeur) de la zakât ou quant il la distribue)
[2] Dieu dit dans le Coran: « Prélève de leurs richesses une aumône par laquelle tu les purifies et tu les bénis, et prie pour eux» Sourate 9, verset 103. Et il dit aussi : « Allah anéantit l'intérêt usuraire et fait fructifier les aumônes» Sourate 2, verset 276.
Source doctrine malikite
13:51 Publié dans TRIBUNE LIBRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ethique, finance, finance islamique, waqf, zakat, partage