15.05.2009
La finance islamique à l'épreuve de la crise
LE MONDE | 15.05.09 | 16h37 •
Les spécialistes de la restructuration partis en mission dans le Golfe persique sont confrontés à une problématique inédite. Investment Dar est une holding financière islamique koweïtienne qui détient une participation majoritaire dans le capital du constructeur automobile de luxe britannique Aston Martin. Elle a suspendu le paiement de sa dette, qui s'élève à un milliard de dinars koweïtiens (2,5 milliards d'euros). La crise du crédit est venue contrarier sa stratégie habituelle de financement à court terme, et la charia - la loi coranique - n'apporte aucune réponse quant à ce qu'il faut faire.
La finance islamique n'existe que depuis peu de temps. Le but était de créer des produits financiers fonctionnant exactement comme les instruments de dette occidentaux, mais qui évitent le paiement d'intérêts, interdit selon certaines interprétations de la charia. En résumé, on appelle l'emprunteur un "investisseur" et le montant des intérêts un "bénéfice". Jusqu'à présent, dans la mesure où aucun débiteur d'importance n'a fait défaut, cette terminologie spécifique à l'islam n'a pas eu d'incidence pratique.
Investment Dar va fournir l'occasion d'une première mise à l'épreuve du système. Référencée sur un marché koweïtien coutumier des évolutions en dents de scie, son action s'est effondrée de 90 % en Bourse en un an. Actuellement, sa cotation est suspendue. Aux dernières estimations, la holding financière jouissait d'une capitalisation boursière de 250 millions de dollars (185 millions d'euros), et d'un portefeuille d'actifs évalué à 4,9 milliards de dollars en septembre 2008. La société a par ailleurs reporté la publication de ses résultats du dernier trimestre 2008.
UNE SITUATION INÉDITE
La réglementation koweïtienne en matière de communication financière étant assez rudimentaire, il est difficile pour des tiers de se faire une idée juste de la structure de la dette. On dénombre plus d'une centaine de créanciers différents, tant au niveau local que régional ou international. Investment Dar considère qu'ils ont tous la même priorité, ce qui apparemment ne passe pas bien auprès de certains d'entre eux.
Crédit suisse a présenté un plan de restructuration qui inclut quelques cessions - Aston Martin n'est pas concerné - et le rééchelonnement de la totalité de la dette. Les créanciers ne semblent guère en position de force. Pour le monde de la finance islamique, qui n'a jusqu'ici eu à faire face ni au défaut de remboursement ni à la faillite, la situation est inédite.
Tous ceux qui ont prêté des capitaux à Investment Dar finiront peut-être par récupérer leur dû, mais ils auront appris qu'investir dans le système financier islamique comporte des risques un peu particuliers.
23:31 Publié dans 1-FINANCE ISLAMIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : finance islamique, ethique, produits financiers