27/05/2009

LE MARCHE DU DETAIL ISLAMIQUE PAR EASY BOURSE

Jean-Paul Laramée
Directeur général de Secure Finance et spécialiste de la finance islamique
«Le marché de détail islamique en France s'éleverait à 3 milliards d’euros»

(Easybourse.com) Comment expliquez-vous que la finance islamique soit tant médiatisée aujourd’hui en France ?
Le président de la République Nicolas Sarkozy, au moment de son élection a clairement affiché sa volonté d’accroître la compétitivité de la place financière de Paris, notamment en développant sa capacité d’accueil de la finance islamique, en comblant le retard pris par rapport à Londres et en faisant ainsi de Paris la première « place financière islamique d’Europe».
La localisation de Paris dans la zone euro a vocation à renforcer significativement l‘attractivité de la capitale, eu égard à la liquidité provenant du Golfe, de la Malaisie, de l’Indonésie…

Ces éléments sont exacerbés par le fait que nous traversons une crise, que nous avons de plus en plus besoin en France d’investisseurs extérieurs notamment pour les PME et pour les collectivités locales qui ne reçoivent plus d’argent de Dexia, de la Caisse des dépôts, alors qu’elles ont par ailleurs des quantités de projets à financer.

Il est estimé un potentiel d’investissement provenant de la finance islamique de près de 10 milliards de dollars dans les entreprises françaises. Qu’en pensez-vous ?
C’est le chiffre consensuellement retenu.
Cela dépendra de plusieurs paramètres. Tout d’abord de la situation financière mondiale. Ensuite de la capacité de la place financière de Paris à développer les possibilités de création de sukuks.

Justement quel regard portez-vous sur les réformes juridiques entreprises dans le but de favoriser l’émission de sukuk en France ?
Le gouvernement français a choisi une voie quelque peu différente de celle qui avait été empruntée par Gordon Brown au Royaume Uni à l’époque.
Il a été décidé de ne pas mettre en place de cadre juridique pour spécifiquement faciliter la création de produits financiers islamiques. Ainsi s’agissant des sukuk, on a fait en sorte que ces instruments financiers puissent être émis à partir de la fiducie. En cela une réforme de la législation régissant ce mécanisme est envisagée.
La réforme n’est pas officiellement justifiée par le désir de faire croitre le marché de la finance islamique en France.
La modification de cette loi qui date de trois ans, qui n’a pas été beaucoup utilisée et qui est quelque peu rudimentaire est censée permettre la multiplication des possibilités de création de produits financiers issus de la fiducie.

Cette réforme constitue un dossier épineux ?
On n’a effectivement pas choisi la voie la plus facile. Mais cette réforme, au-delà du fait de favoriser la création de produits de finance islamique, a le mérite de développer en France la pratique de la fiducie qui jusqu’à présent était inexistante. Aussi cette solution ne me parait pas déraisonnable.
Un projet de loi qui serait spécifiquement destiné à la création de produits financiers islamique sous entendrait un débat difficile dont l’issue est incertaine. Il ferait incontestablement l’objet d’un recours devant le Conseil constitutionnel. La Constitution française prévoit que tous les individus sont égaux devant la loi et qu’il n’est pas possible d’adopter une réglementation qui avantagerait tel ou tel groupe d’individus plutôt qu’un autre.

Pensez-vous que Paris peut aspirer à devenir la capitale de la finance islamique ?
Cela me semble plausible. Nous observons une multiplication des contacts avec les pays qui pratiquent la finance islamique au plus haut niveau de l’Etat.
A une époque où une banque islamique se crée tous les quinze jours en Afrique, il sera pratiquement impensable de travailler avec ce continent sur le plan financier et économique si on n’a pas les outils de finance islamique, et les gens compétents qui se spécialiseraient dans le domaine.

A ce propos, de quelle manière considérez-vous le fait qu’il y ait en France très peu de compétence dans le domaine ?
Si on veut ouvrir des guichets, faire de la recherche, être créatifs sur le plan des produits… il faut des gens compétents.
Il faut alors former ces gens. Les trois quart des personnes qui travaillent dans la finance islamique ont été formées à Londres, ou dans le Golfe.

Une offre professionnelle sera dispensée à travers l’Institut français de la finance islamique, dès octobre prochain. Il sera présidé par Hervé de Charette en sa double qualité d’ancien ministre des affaires étrangères et de président de la chambre de commerce franco-arabe. Les premières promotions sont prévues pour 2010.

Mais cela n’est pas suffisant.

De quelle manière percevez-vous le développement de l’offre des banques islamiques ?
Il y a dans notre pays six millions de musulmans. Un certain nombre d’associations, de personnalités militent depuis longtemps pour que l’on ouvre des banques islamiques de détail à l’instar de ce qui s’est fait au Royaume Uni.
En réalité, nous devrions dans un premier temps voir apparaître des banques islamiques dans le domaine de l’investissement, du financement corporate, et celui des collectivités locales (par exemple du grand Paris qui va couter 35 milliards d’euros sur 6 ou 7 ans)
Ces banques devraient opérer en association à hauteur de 20% avec les grandes banques de dépôt. C’est à travers les guichets de ces banques conventionnelles qu’ont vocation à être proposés des produits relativement basiques.

Il vous semble peu probable de voir s’établir des banques islamiques isolées. Pourquoi ?
Je vois mal comment la République française, laïque, pourrait accepter la création de banques destinées en particulier à une communauté. Cela semble politiquement difficile à mettre en œuvre.
Par ailleurs, à mon sens ce projet est quelque peu irréaliste dans la mesure où les meilleures études réalisées sur le sujet estiment l’importance de ce marché de détail islamique en France autour de trois milliards d’euros, ce qui représente relativement peu d’argent.

Il faudrait par ailleurs que tous les musulmans qui ont mis leur argent sous forme de dépôts auprès des institutions françaises « conventionnelles » retirent leur argent pour le transférer dans les banques islamiques.

Il faudrait enfin plusieurs guichets de ces banques islamiques dans le pays, au moins une centaine, des outils de back office performants, du personnel formé... autrement dit, des investissements considérables.
Ces investissements me semblent disproportionnés par rapport aux parts de marché susceptibles d’être acquises.

Comment appréhendez-vous la cherté des produits proposés ?
Par essence les produits de la finance islamique sont plus chers que les produits de la finance conventionnelle car ils sont plus complexes. D’autant plus qu’il y a très peu de gens qui savent faire cela.

Nous pouvons supposer le cout d’un prêt islamique à 6/7% lorsqu’un prêt conventionnel serait offert avec un taux d’intérêt de 4%.

Dans deux à trois, quand nous aurons des gens mieux formés, des fenêtres qui n’auront pas besoin de locaux particuliers, les coûts tendront à se rapprocher et les produits de la finance islamique seront alors compétitifs.

Propos recueillis par Imen Hazgui

15/05/2009

La finance islamique à l'épreuve de la crise

LE MONDE | 15.05.09 | 16h37 •



Les spécialistes de la restructuration partis en mission dans le Golfe persique sont confrontés à une problématique inédite. Investment Dar est une holding financière islamique koweïtienne qui détient une participation majoritaire dans le capital du constructeur automobile de luxe britannique Aston Martin. Elle a suspendu le paiement de sa dette, qui s'élève à un milliard de dinars koweïtiens (2,5 milliards d'euros). La crise du crédit est venue contrarier sa stratégie habituelle de financement à court terme, et la charia - la loi coranique - n'apporte aucune réponse quant à ce qu'il faut faire.


La finance islamique n'existe que depuis peu de temps. Le but était de créer des produits financiers fonctionnant exactement comme les instruments de dette occidentaux, mais qui évitent le paiement d'intérêts, interdit selon certaines interprétations de la charia. En résumé, on appelle l'emprunteur un "investisseur" et le montant des intérêts un "bénéfice". Jusqu'à présent, dans la mesure où aucun débiteur d'importance n'a fait défaut, cette terminologie spécifique à l'islam n'a pas eu d'incidence pratique.

Investment Dar va fournir l'occasion d'une première mise à l'épreuve du système. Référencée sur un marché koweïtien coutumier des évolutions en dents de scie, son action s'est effondrée de 90 % en Bourse en un an. Actuellement, sa cotation est suspendue. Aux dernières estimations, la holding financière jouissait d'une capitalisation boursière de 250 millions de dollars (185 millions d'euros), et d'un portefeuille d'actifs évalué à 4,9 milliards de dollars en septembre 2008. La société a par ailleurs reporté la publication de ses résultats du dernier trimestre 2008.

UNE SITUATION INÉDITE

La réglementation koweïtienne en matière de communication financière étant assez rudimentaire, il est difficile pour des tiers de se faire une idée juste de la structure de la dette. On dénombre plus d'une centaine de créanciers différents, tant au niveau local que régional ou international. Investment Dar considère qu'ils ont tous la même priorité, ce qui apparemment ne passe pas bien auprès de certains d'entre eux.

Crédit suisse a présenté un plan de restructuration qui inclut quelques cessions - Aston Martin n'est pas concerné - et le rééchelonnement de la totalité de la dette. Les créanciers ne semblent guère en position de force. Pour le monde de la finance islamique, qui n'a jusqu'ici eu à faire face ni au défaut de remboursement ni à la faillite, la situation est inédite.

Tous ceux qui ont prêté des capitaux à Investment Dar finiront peut-être par récupérer leur dû, mais ils auront appris qu'investir dans le système financier islamique comporte des risques un peu particuliers.

18/04/2009

FINANCE ISLAMIQUE NOUVEL ELDORADO ?

La finance islamique, nouvel eldorado bancaire (http://www.bastamag.net/spip.php?article538)

Par Agnès Rousseaux (17 avril 2009)



Paris, capitale de la finance islamique ? L’idée pourrait surprendre. C’est pourtant l’un des chantiers ouverts depuis quelques mois par Christine Lagarde, ministre de l’Economie et des Finances. D’ici juin, quatre banques « charia-compatibles » devraient ouvrir en France, dont la Qatari Islamic Bank et la Kuwait Finance House. Objectif : permettre aux musulmans de France d’avoir accès à des banques respectant la loi islamique, tout en drainant l’épargne des pays musulmans, un potentiel de 4000 milliards de dollars sur lequel salive Bercy. Certains voient aussi dans la finance islamique une manière d’introduire un peu d’éthique dans le capitalisme. Regardons de plus près ce qu’il en est.

Argument marketing ? Ou effet de la crise ? La finance islamique est à la mode. Certains dirigeants politiques y voient même un moyen pour « moraliser » le capitalisme... La France a pourtant toujours été frileuse concernant l’implantation de banques islamiques. Celles-ci sont restées cantonnées pendant une trentaine d’année dans les pays du Golfe, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud-Est. A la suite de la Grande-Bretagne, le gouvernement français s’emploie aujourd’hui à faire tomber toutes les barrières qui pourraient freiner leur installation en Europe. Une instruction publiée le 25 février 2009 précise le régime fiscal des principaux outils de la finance islamique, notamment le sukuk [1] (obligations islamiques) et la murabaha [2].

D’où vient ce soudain engouement ? Pas d’une conversion massive des banquiers à l’Islam... C’est bien d’abord d’argent et de profit dont il est question. Selon les différentes estimations, le marché de la finance islamique représente aujourd’hui 500 à 800 milliards de dollars, avec une augmentation de 11 à 15 % en moyenne par an. Il possède surtout un potentiel évalué à 4.000 milliards de dollars selon Hervé de Charette, ancien ministre des Affaires Étrangères et président de la Chambre de Commerce Franco-arabe. Dans la préface d’un livre collectif intitulé "La finance islamique à la française : un moteur pour l’économie, une alternative éthique [3]", il décrit le « gisement immense de liquidités dans les pays émergents et un besoin non moins important de financements dans les pays développés ». D’où l’enjeu de drainer cette épargne abondante du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud-Est vers « des placements à la fois rémunérateurs et compatibles avec la Charia ». Et surtout de rattraper le retard sur la Grande-Bretagne. En 2006, Gordon Brown, alors ministre de l’économie britannique, avait déclaré vouloir faire de Londres « le centre mondial de la finance islamique ».

Des produits bancaires « charia-compatibles »

Il existe aujourd’hui environ 400 établissements financiers islamiques, répartis dans 75 pays. Leur fonctionnement est basé sur quelques principes. Un des plus importants est l’interdiction par la loi islamique (charia) de l’intérêt (ribâ) et de la spéculation (gharar). Il n’y a pas en soi d’opposition à la rémunération de l’argent, mais au caractère fixe du taux d’intérêt, car celui-ci est alors déconnecté de la rentabilité réelle de l’actif financé. La finance islamique est profondément ancrée dans l’économie réelle. Elle se base sur le fait que les pertes et les profits doivent être partagés entre prêteur et emprunteur. Toute transaction doit donc s’appuyer sur un actif tangible. A ces règles s’ajoutent des principes éthiques. Sont ainsi interdites les activités financières non halal, c’est-à-dire liées aux secteurs des jeux de hasard, de l’armement, de l’alcool, de l’industrie porcine,...

Des "sharia board", instances de supervision indépendantes, ont pour rôle de veiller à ce que les activités bancaires soient en règle avec l’Islam. Des "notateurs", comme par exemple les imams de l’université Al-Ahzar du Caire, donnent un brevet islamique aux produits proposés. Et empochent en passant une commission... Le montage de produits financiers charia-compatibles nécessite aussi de la part des banques une certaine ingénierie, qu’elles ne manquent pas de facturer à leurs clients.

Marketing religieux et débats théologiques

Les musulmans de France y trouveront-ils leur compte ? Pas sûr. Les banques accueillies s’occuperont dans un premier temps d’activités d’investissement avant d’être accessibles d’ici quelques années aux particuliers. Et il n’est pas certain qu’elles se démocratiseront pour être accessibles à tous. Ces banques ont une visée lucrative et non caritative. Le marché pourrait s’avérer cependant intéressant s’il réussit à attirer les cinq millions de musulmans de France, pour des motifs religieux.

Pour certains, les arguments utilisés par les tenants de la finance islamique ne sont que des manipulations sémantiques. Utiliser certains mots plutôt que d’autres, réaliser des montages financiers complexes permettant en apparence un respect de la charia,... des ruses juridiques - « hiyals » - que certains théologiens musulmans maîtrisent bien. La spéculation ou la vente à découvert des hedge funds peuvent ainsi devenir charia-compatibles selon le contrat rédigé. On trouve des situations où des prêts sans intérêt deviennent plus chers que des prêts avec intérêts, du fait des commissions et frais annexes. Ce n’est sans doute pas l’effet recherché par la charia lorsqu’elle condamne l’intérêt !

Les critiques sont aussi d’ordre théologique. Le Conseil Européen de la Fatwa a reconnu que les musulmans vivant en Europe, et qui n’ont donc pas accès à des banques respectant la charia, peuvent contracter des prêts. Cette décision est basée sur la règle que « la nécessité abolit les interdits ». Elle autorise ainsi pour les musulmans le recours au système bancaire conventionnel. Mais elle ne fait pas l’unanimité, certains y voyant un moyen facile pour les croyants de contourner un principe religieux sévère.

Il y a également désaccord parmi les théologiens musulmans sur ce que recouvre la riba. Est-elle synonyme « d’usure » - qui est unanimement rejetée - ou englobe-t-elle aussi l’intérêt ? C’est cette dernière position que défendent une majorité des oulémas. Mais, comme le souligne l’économiste Khalid Chraibi, cette extension est critiquée depuis le milieu du 19e siècle par de nombreux experts : « l’extension de la notion de riba aux intérêts bancaires, sur la base du « qiyas » et de l’ijtihad, s’est faite sur des bases juridiques discutables, dans la mesure où les opérations de banque moderne sont de nature totalement différente de ce qui existait en Arabie, au temps de la Révélation ». Il y aurait donc ici une interprétation abusive du droit musulman. Khalid Chraibi cite l’argument d’Abd al Mun’im Al Nimr, ancien ministre des Habous d’Egypte : « L’interdiction du riba se justifie par le tort porté au débiteur. Mais, puisqu’il n’y a aucun tort porté aux personnes qui procèdent à des dépôts dans une banque, l’interdiction du riba ne s’applique pas aux dépôts en banque. »

C’est le raisonnement que suivait le Maroc dans le domaine. Il s’était opposé jusqu’à présent à ce système de finance islamique. Mais la Bank al Maghrib autorise à présent les produits islamiques. On peut y voir l’influence du courant religieux conservateur venant des Etats du Golfe. Pour Khalid Chraibi, les opérateurs des pays du Golfe ont également promis « d’investir plusieurs milliards de dollars dans l’économie marocaine, à la seule condition qu’on leur fournisse les "conduits" adéquats ». Un argument qui n’a pas laissé indifférentes les autorités marocaines.

Une finance éthique ?

Un des arguments de la finance islamique est son éthique. Pourtant, la démarche reste encore très utilitariste et opportuniste. Pour certains, comme Tariq Ramadan [4], le système est élitiste et vise essentiellement les fortunes des "pétromonarchies". Pour lui, « l’approche éthique de l’investissement, qui fait défaut à l’heure actuelle, n’est pas l’apanage d’une religion. Le sens de l’équité, la redistribution des richesses (principe de la « zakat » en islam) et l’enrichissement par le seul capital productif tiré du commerce légitime sont des principes éthiques avant d’être islamiques ». D’où la question de la pertinence de coller l’étiquette "islamique" à des produits bancaires qui se veulent avant tout éthiques.

La finance islamique pour "moraliser le capitalisme"

Difficile de saisir toutes les raisons de l’engouement général autour de la finance islamique et de ceux qui y voient une « manifestation formidable de l’intégration des musulmans dans notre société ». Une finance islamique encouragée par Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie. Mais aussi par l’Osservatore Romano [5], journal officiel du Vatican, qui dans un article décrit la finance islamique comme pouvant "contribuer à la refondation de nouvelles règles pour la finance mondiale occidentale ». Après l’éthique protestante, l’éthique musulmane dans l’esprit du capitalisme ?

Pour Hervé de Charette, c’est une « véritable opportunité géopolitique », un moyen de « faire face au risque de choc des civilisations que beaucoup alimentent en cultivant les clichés et les fantasmes ». Créer des liens financiers, en plus des liens commerciaux, apparaît pour lui comme facteur de paix. Ce qui ne l’empêche pas d’utiliser l’argument du risque terroriste : « Il est préférable que la finance islamique ait droit de cité et donc qu’elle soit transparente et contrôlée, plutôt que l’inverse, ce qui ne manquerait pas d’alimenter des circuits douteux dont on peut craindre qu’ils soient détournés au profit d’organisations criminelles ». Un objectif de contrôle et de transparence qu’il serait par ailleurs souhaitable d’appliquer à tout le secteur bancaire qui alimente déjà allègrement mafias, dictatures et commerce illégal d’armes via les paradis fiscaux...

La finance islamique pour changer le capitalisme et pacifier les rapports inter-étatiques ? Les interprétations de la charia sont multiples, les montages financiers sont complexes, et les intérêts souvent divergents. Entre les attentes des musulmans d’Europe, les objectifs des banquiers et les stratégies gouvernementales pour drainer les capitaux étrangers, pas sûr que tout le monde y trouve son compte... Encore moins celles et ceux qui critiquent le capitalisme tel qu’il est.

Agnès Rousseaux
Notes

[1] Le sukuk est l’équivalent islamique d’une obligation où l’intérêt devient un profit prévu à l’avance à risque quasi-nul. Cette forme d’obligation est particulièrement utilisé pour les financements immobiliers. (source Wikipédia)

[2] La mourabaha est un « contrat de vente, entre un vendeur et un acheteur, par lequel ce dernier achète les biens requis par un acheteur et les lui revend à un prix majoré. Les bénéfices (marge bénéficiaire) et la période de remboursement (versements échelonnés en général) sont précisés dans un contrat initial ». (source Wikipédia)

[3] Edité par Secure Finance, 2008

[4] Le Temps, 22 mai 2006, "Tariq Ramadan dénonce l’hypocrisie de la finance islamique en marge d’Investissima"

[5] “Dalla finanza islamica proposte e idee per l’Occidente in crisi” (Idées et propositions de la finance islamique pour l’Occident en crise). “Pensiamo che la finanza islamica potrà contribuire alla rifondazione di nuove regole per la finanza occidentale, visto che stiamo affrontando una crisi che, superati gli iniziali problemi sulla liquidità, ora è diventata eminentemente una crisi di fiducia verso il sistema” (Nous pensons que la finance islamique peut contribuer à la refondation de nouvelles règles pour la finance occidentale, vu que nous sommes confrontés à une crise qui, au-delà du problème initial de liquidités, est essentiellement une crise de confiance dans le système).

SOURCE :

www.bastamag.net.

http://www.bastamag.net/spip.php?article538

01/04/2009

ENTRE L’ETHIQUE DU RIBA ET L’ETHIQUE DE ZAKAH

ENTRE L’ETHIQUE DU RIBA ET L’ETHIQUE DE ZAKAH par Moncef DRINE*
La signification exacte du mot ribâ est l’augmentation ou le plus. Ainsi défini, il est sans connotation morale ni idéologique. Il peut même être qualifié de licite (Halal) ou interdit (Haram). Dans le domaine de l’économie il désigne une forme d’accumulation qui, sans jugement de valeur et sans une visée éthique, reste recherche du plus sans limite ni fin. En particulier dans le domaine de la richesse et de l’argent, le ribâ trouve dans la nature humaine même ce qui justifie les attitudes et motivations pécuniaires. Du point de vu psychologique et morale, le ribâ peut désigner un désir du plus (en l’occurrence un désir de plus d’argent). Le ribâ est aussi, d’une certaine manière, une culture ou un (état d’)esprit qui caractérise notre mode de production de richesse : l’esprit du capitalisme est un ribâ. Or, le capitalisme c’est nous ! et l’esprit ribâ est notre : toujours plus de prospérité économique, voilà notre attitude la plus courante en fait.
Le ribâ qui peut déclencher lui-même la recherche d’encore plus (Coran 39/30), dans et à partir de ce qui nous ne possédons pas (la propriété des autres ou amoual annas) est la culture dominante dans le capitalisme. La finance est au cœur de l’économie, le prêt à intérêt est au cœur de la finance (Marx), on peut dire que le taux d’intérêt est lui-même désir de recherche de plus : il s’agit, du point de vue morale et éthique, d’une culture de ribâ (Thakafa rabawiyya).
La recherche du plus, sous forme d’intérêt ou de ribâ, qui se manifeste dans les biens et la monnaie est donc l’éthique qui domine encore notre système économique : le capitalisme. La capacité d’accumuler des capitaux, via le système d’intérêt composé, est caractéristique et fondamentale dans le capitalisme (Keynes).
L’éthique alternative est la zakah ! que dis-je ? Une zakah est comme recherche d’excellence et du plus mais d’un tout autre ordre et, pour tout dire en Islam, sa visée est la face de Dieu Lui même. Or dire zakah cela implique dépense et répartition de richesse entre les membres de la société des hommes. L’appel explicite à plus de zakah, comme pilier de l’Islam et devoir religieux pour un croyant, est aussi appel implicite à plus de richesse. Comment ? Du fait que la richesse est condition nécessaire qui permet la zakah : pour donner plus, il faut avoir plus. Mais ici la zakah ne peut être contaminée par la logique du plus. Le fondement moral et la visée éthique l’empêchent à travers des règles et normes formant ainsi une partie du cadre éthique dans lequel elle s’inscrit.
La visée éthique ou la morale de chaque personne fait appel à la croyance et à la foi : l’éthique zakah enveloppe la recherche du plus (ou le ribâ) : voilà la différence pour une éthique alternative. La logique du plus ou culture ribâ, n’a pas à envelopper toutes les pratiques et idées alternatives à caractère éthique mais elles devraient être enveloppées par la zakah. La zakah apparaît comme recherche d’excellence dont la visée est attachée à l’infini, en Islam la visée éthique est la Face de Dieu ; un Amour qui pousse à incarner le libre choix d’adoration. Dans le cadre des règles, normes et principes liés à la recherche dans l’acquisition et d’accumulation richesse, je cherche à maximiser le volume et la valeur, ayant la conviction profonde et la foi qu’il ne m’appartient ni biens ni même droit absolu d’user et d’abuser, je vise aussi, en cherchant l’excellence et la satisfaction de Dieu, à maximiser la redonner la zakah. Sadaqa, waqf et bien d’autres moyens sont aussi plus que des institutions destinés à la redistribution de richesse. La Zakah est donc une pratique religieuse et donc une croyance et un sincérité sont nécessaires.
Le ribâ comme concept, est beaucoup plus qu’une règle juridique négative d’interdiction, il est, dans son essence et du sens qu’on peut lui donner, liée à l’éthique. La zakah est plus qu’une institution et moyen de répartition de richesse en économie, elle contient l’essentiel, le cœur même d’un système : une éthique alternative au ribâ.
Il y a d’une par le ribâ, qui cherche lui-même à s’accumuler et se composer dans et à partir des biens des nos semblables, ou de ce que nous ne possédons pas en fait, et d’autre part la zakah dont la visé est un attachement à l’infini (la Face de Dieu en Islam) : voilà ce qu’il y a à comparer, deux éthiques différentes au sujet du sens ou de la visée, mais ne sont pas contradictoires. Reste à préciser les notions, analyser les liens et donner les implications en termes économiques. L’éthique zakah ne peut s’en passer de l’éthique ribâ, voilà l’énigme. Comment, en fait peut elle le contenir, sans l’anéantir ?
Il me semble possible de soutenir que le verset 39 de la sourat Arroum (Coran 39 :30) contient ce qui donne matière à réflexion au sujet de l’éthique qui caractérise notre capitalisme ; d’une éthique alternative et de ce qui fait la différence entre elles. Or les anciennes interprétations, exception faite de Saddi et Al Hassan, restent dans l’aspect du don intéressé (hibât et hadaya, ce qui par définition le ribâ halal) alors que les nouvelles ont à peine confirmé qu’il s’agit dans ce verset du ribâ objet de l’interdiction, comme il était dans la sourat 2 (Coran 275 :2). L’aspect éthique qui permet d’élargir le sens à partir du cadre ou contexte de l’analyse économique et de l’économie n’a pas été soulevé. Sans chercher à contredire une ancienne interprétation (qui n’a pas été en fait la seule mais la dominante), ni forcer le sens du verset pour qu’il s’adapte à une certaine vision, ni même inventer une herméneutique inconvenante, il semble possible d’aboutir à clarifier l’essence d’une éthique musulmane en matière économique. Si cette attitude face au sens des versets du Coran se qualifie de pragmatique alors qu’elle soit : comprendre le Coran à l’image du contexte ne devrait poser aucun problème, le sens de l’enseignement du Coran n’a pas à être figé. Là encore le cadre analytique du choix rationnel à partir de l’intérêt personnel ne sera pas objet de contestation radicale. De même pour des notions comme la propriété privée ou le marché. L’éthique Zakah ne nous semble ni radicale ni révolutionnaire, elle est humaine mais découle d’une foi en l’unicité divine. Quant au discours, il est possible de garder la forme exprimant certains objets de l’analyse en termes du calcul même dans la relation de l’individu avec des aspects qui relèvent de la religion. On ne compte pas allez jusqu’à l’adoption d’un économisme mais on ne trouve pas choquant de dire : j’ai intérêt à adorer Dieu, à avoir envie d’entrer au paradis, à faire un don…
Que les finances éthiques fournissent des alternatives dans notre système est une bonne chose, mais que du coté éthique elle-même des idées sur des éthiques alternatives commencent à émerger afin d’améliorer la situation dans le futur. Les musulmans peuvent participer plus et mieux en économie comme en culture et dans le politique (le vivre ensemble).


*Drine Moncef, Diplômé en économie et finance internationale

13/03/2009

La finance religieuse


Dow Jones et Dharma Investments ont lancé des indices en accord avec les valeurs dharmiques. Religion et finance peuvent faire bon ménage

Après la finance islamique, la finance dharmique. Ce mot vient directement de « dharma », un concept commun à l'hindouisme, au bouddhisme, au jaïnisme et à la religion sikhe. Le dharma est la loi universelle régissant l'ordre des êtres et du cosmos.

Quel rapport avec la finance me direz-vous ? Certains principes éthiques comme la non-violence, la protection de l'environnement et de la communauté peuvent être appliqués en gérant ses avoirs.

Les indices créés par Dow Jones, en collaboration avec Dharma Investments, ont des points communs avec l'investissement socialement responsable. La recherche du profit est compatible sous certaines conditions avec des principes spirituels ou éthiques forts.

Cinq indices au total

Simplement, il faut faire des choix. Certaines entreprises indiennes comme le groupe de services informatiques Infosys ou le numéro un des télécoms Bharti Airtel ont été retenus.

Aux Etats-Unis, une valeur comme Apple respecte également les critères imposés.

En revanche, les experts ont exclu toutes les entreprises des secteurs suivants : défense, alcool, jeux d'argent, tabac, pornographie... Les groupes pharmaceutiques sont aussi exclus en raison des tests pratiqués sur les animaux.

Le travail réalisé par Dow Jones et Dharma Investments est très sérieux. La réflexion d'experts reconnus, universitaires et religieux, a permis la création de cinq indices au total.

Il y a d'abord le Dow Jones Dharma Global Index, véritable indice mondial. Ensuite, des référentiels ont été créés pour les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon et l'Inde. Le mois de janvier 2008 a été décevant pour les indices. En 2007, les performances ont été très variables d'un pays à l'autre. Le Dow Jones Dharma India a fini en hausse de 81,2 %.

Ce formidable bond traduit l'appétit des investisseurs pour la Bourse de Bombay. Comme un symbole, l'indice dédié au colonisateur britannique accusait un repli de plus de 10 %.

Au-delà des performances, l'entreprise Dow Jones réussit une nouvelle fois à faire parler d'elle pour ses indices. C'était déjà cette société emblématique qui avait lancé en 1999 les indices islamiques.

Nous remarquons que les secteurs exclus par la loi islamique sont souvent les mêmes que ceux bannis par le dharma. Sauf deux secteurs  : la filière porcine et les services financiers.

A ce sujet, il est étonnant de voir des fonds souverains d'Etats islamiques prendre des participations dans des banques américaines. Que dire lorqu'il s'agit d'obligations convertibles avec des taux d'intérêt proches de 10 %... En même temps, si la finance et la recherche de rendement conduisent à l'apparition d'un commencement de laïcité dans les Etats islamiques, personne ne s'en plaindra.

A l'époque où ils avaient été créés, les indices conformes à la loi islamique avaient fait le tour du monde. Une nouvelle fois, Dow Jones réalise un joli coup médiatique. Les titres les plus prestigieux de la presse indienne ont déjà repris l'information. Des articles ont également été écrits dans certains médias américains comme Business Week et le Washington Post.

Les liens entre religion et finance sont anciens

Cette médiatisation s'explique par le fait que près d'un quart de la population mondiale est en phase avec une religion dharmique. Il ne s'agit pas simplement d'un phénomène de mode, tant cette population est appelée à prendre de l'importance. Sa croissance démographique est très soutenue.

La religion catholique n'a pas cet atout, que le prosélytisme ne peut compenser. Obtiendra-t-elle aussi son référentiel boursier ? Pour le moment, Dow Jones indique ne pas avoir l'intention de lancer un indice chrétien.

La popularité des indices déjà lancés montre que leur avenir est prometteur. Elle souligne aussi les liens particuliers existant entre la religion et la finance,dont l'histoire est souvent passionante.

Pour prendre un exemple, au cours du xixe siècle, deux banques d'affaires américaines très prestigieuses ont été fondées par des Juifs (Goldman et Lehman).

En Europe, la formidable saga des Rothschild est aussi un exemple de lien entre judaïsme et finance.

Le sociologue Max Weber s'est efforcé d'analyser, au moyen de concepts, les liens entre éthique protestante et esprit du capitalisme. L'affaire n'est pas simple et a suscité de nombreuses critiques. Parmi les nombreux arguments développés, l'auteur insiste sur le travail qui permet d'assurer son salut auprès de Dieu dans la religion protestante. Or l'utilisation rationnelle du travail est un des moteurs du capitalisme.

Les indices Dharma ont connu un mauvais mois de janvier dans un contexte boursier dégradé.

OLIVIER AUBERGER
23 Février 2008
Le Journal des Finances

10/03/2009

LA BANQUE ETHIQUE

Lancement d’une banque éthique européenne


La première banque éthique alternative européenne verra le jour en 2010. Née de la fusion de la Nef (France), la Banca popolare etica (Italie) et Fiare (Espagne), cette banque adoptera le statut de coopérative européenne. L’enjeu est de doter le secteur de l’économie sociale et solidaire d’une institution bancaire dédiée à la demande grandissante d’une finance au service de l’Homme.

Le projet d’une banque alternative européenne mûrissait depuis le regroupement, en 2001, d’institutions financières au sein de la Fédération européenne des banques éthiques et alternatives (FEBEA). Il devrait aboutir en 2010 à la fusion de trois de ses membres – La Nef en France, Banca Popolare Etica en Italie et Fiare dans le Pays basque espagnol– au sein d’une nouvelle entité, la Banca Etica Europa, qui prendra le statut de société coopérative européenne.

« Le développement de la finance éthique nous impose de trouver des réponses adaptées à des attentes toujours plus élevées de nos sociétaires », constate Fabio Salviato, PDG de la Banca popolare Etica. Des attentes qui s’expriment tant du point de vue de la création et du développement d’entreprises et associations investies dans l’environnement, l’économie solidaire ou la solidarité internationale que de l’aspiration grandissante à une épargne citoyenne.

La banque transalpine affiche sur les trois dernières années un taux de croissance de 20 à 30 % tant pour la collecte de l’épargne que pour l’encours de crédit. Du côté de la Nef, l’octroi de prêts a décollé en 2008 (+ 27 %), tandis que l’épargne continue sur sa lancée avec une collecte en hausse de 18 %. La fusion donnera naissance à une banque de pleine exercice, bénéficiant de l’agrément bancaire de Banca etica. Un changement de taille pour Fiare qui dispose du statut de fondation et pour La Nef qui, faute d’agrément bancaire, confiait la gestion des comptes de ses sociétaires au Crédit coopératif. La future banque sera dotée d’un patrimoine de départ de 100 millions €, une épargne de 1,2 milliard € et 50000 sociétaires.

Grandir avec son éthique

Cette fusion à l’échelon européen répond aussi au désir de ces banques alternatives de réaffirmer leur rôle de promoteur face aux banques conventionnelles qui développent départements et produits éthiques. « Notre bilan représente un dix millième de celui de la BNP. Nous pouvons représenter plus, mais notre impact doit aussi être qualitatif, comme montrer qu’il est possible d’être transparent », explique Marc Favier, responsable des projets à La Nef*. « Les fondateurs de la finance éthique doivent rester les protagonistes d’un nouveau système financier », ajoute Fabio Salviato (cf. encadré).

Finance éthique à l’Italienne.

En Italie, éthique veut dire solidaire. Si la plupart des banques gèrent des fonds ISR, le terme d’éthique est réservé à l’activité bancaire orientée vers le financement local d’activités porteuses d’utilité sociale et/ou environnementale. Sur le petit 1,2 Md € de la finance éthique italienne, la Banca popolare etica est au 3ème rang avec 250 millions € d’épargne. Face à elle le numéro 1 des banques italiennes, Intesa San Paolo, a non seulement des fonds ISR, mais a créé en 2007 un concurrent direct à la banque coopérative, Banca prossima. Une concurrence que ne connaît pas la finance solidaire française où éthique et solidaire restent deux segments bien séparés.

Au-delà de la performance financière, c’est l’organisation de la gouvernance de la banque qu’il faudra surveiller afin de savoir si le défi est relevé. Banca Etica et La Nef sont déjà des coopératives dont les sociétaires sont les clients. Mais l’expérience des grandes banques coopératives françaises (Crédit Agricole, Banques populaires.. .) qui sont aujourd’hui devenues des holding aux yeux rivés sur la Bourse attestent de la difficulté à faire vivre ses principes de démocratie économique dans un contexte concurrentiel.
La gouvernance de la Banca Etica Europa devrait largement s’inspirer de l’expérience italienne. La direction centrale y est soumise depuis sa création en 1995 à une forte décentralisation du pouvoir de décision vers les groupes locaux de sociétaires. Une fondation dite culturelle se charge d’entretenir la participation du sociétariat.
En 2008, un Manifeste a été élaboré conjointement dans les trois pays afin de sceller ces grands principes qui visent à « gérer l’épargne comme un bien commun » au service de « l’économie réelle ». 2009 servira à affiner le mode de gouvernance et préparer la bascule vers la nouvelle structure. Le siège s’installera en Italie et un vice-président sera élu dans chaque pays.

Toute la difficulté est d’organiser cet « aller-retour permanent pour définir la stratégie globale conduite par la direction européenne en lien avec l’expression des attentes de la base », décrit Marc Favier. L’on sait déjà que la souscription de parts sociales se fera sur la base du volontariat, ce qui laisse imaginer deux catégories de clients : les épargnants citoyens désireux d’épargner en conscience et les épargnants sociétaires désireux de s’investir dans la vie coopérative.

La BEE devrait aussi jouer la carte des services internet sur le mode des banques en ligne tout en remettant au goût du jour le concept du banquier itinérant qui se déplacera sur un territoire donné, à la rencontre des clients. « Nous serons une banque sans distance », sourit Marc Favier.

* La Nef publie chaque année l’intégralité des prêts octroyés, leurs montants et la nature de l’entreprise financée.
Philippe Chibani-Jacquot
Mis en ligne le : 25/02/2009
© 2009 Novethic - Tous droits réservés

Repenser la responsabilité societale par Franck Riboud

Article paru dans lemonde.fr le 2 mars 2009

Pour le chef d'entreprise que je suis, la période dans laquelle nous sommes entrés soulève de manière très vive une question longtemps occultée et qu'il me paraît nécessaire d'affronter : celle du rôle de l'entreprise dans notre société. Pendant de nombreuses années, qu'on s'en félicite ou qu'on le déplore, il était admis qu'une entreprise cotée avait pour seule finalité de générer une valeur maximale et toujours croissante pour ses actionnaires. Cette conception étroite du rôle de l'entreprise nous a conduits dans l'impasse, et c'est pour moi une des leçons majeures de la crise.


D'abord parce que la recherche de la maximisation du profit n'est mécaniquement pas durable : à force de se laisser griser par des taux de rendement de 10, puis 15, puis 20, et pourquoi pas 25 %, on oublie simplement qu'il y a une limite physique au-delà de laquelle le château de cartes s'écroule. Cette limite, nous venons brutalement de l'atteindre.

Ensuite parce que cette attitude a distendu de manière préoccupante les liens de l'entreprise avec ses autres parties prenantes : ses fournisseurs, ses salariés, ses clients, les territoires dans lesquels elle opère. Tous participent pourtant au processus de création de richesse, et certains peuvent avoir le sentiment que leurs intérêts sont parfois ignorés.

Les évolutions de la crise actuelle nous rappellent pourtant cruellement une évidence de plus en plus imparable : celle de l'interdépendance des différents secteurs, des différentes entreprises, des différentes parties prenantes. Elles nous rappellent non seulement que la crise peut se propager en quelques semaines de la sphère financière à la sphère industrielle, de Wall Street à Shanghaï, mais elles nous rappellent aussi qu'une entreprise, même prospère, vivant dans un environnement fragile se fragilise elle-même.

Elles nous rappellent ainsi qu'on ne peut faire l'économie d'une forme de solidarité entre acteurs. Elles nous rappellent le bon sens : qu'aucun organisme ne se développe dans un milieu appauvri ou dans un désert. Et qu'il est donc de l'intérêt même d'une entreprise de prendre soin de son environnement économique et social, ce qu'on pourrait appeler, par analogie, son "écosystème".

En d'autres termes, une entreprise doit créer de la valeur pour ses actionnaires car sans leur investissement il n'y a pas d'économie. Mais au même titre qu'elle doit créer, à travers ses propres investissements, de la valeur et de la richesse pour ses autres parties prenantes. Car c'est aussi du développement et du bien-être de son environnement que dépend sa pérennité. Et c'est de cette manière qu'elle acquiert son utilité sociale.

La question n'est donc pas de savoir s'il faut ou non faire du profit : un dirigeant qui oublierait qu'un niveau de profit satisfaisant est le premier critère de succès et de durabilité conduirait l'entreprise à sa perte. La question est de savoir comment on construit son profit dans la durée et comment on l'investit en tenant compte des contraintes et des intérêts de ses différentes parties prenantes. En un mot, comment on gère les équilibres complexes et les inévitables contradictions entre efficacité et protection, court terme et long terme, intérêts individuels et bien-être collectif...

Cette gestion des équilibres est à la base même du double projet économique et social qui anime les équipes de Danone depuis bientôt quarante ans.

En interne, en direction de nos salariés, c'est elle qui a inspiré des pratiques pionnières en matière de formation, de dialogue social ou d'intéressement et de participation. Elle n'a pas empêché l'entreprise de constamment travailler à améliorer son efficacité. Parfois, c'est vrai, en prenant des décisions difficiles en matière d'emploi. Mais parce que nous savons précisément que ce type de décision doit se prendre quand l'entreprise a le temps et les moyens d'en prévenir et d'en gérer avec responsabilité les conséquences sociales et humaines. En clair, quand elle fait des bénéfices. Pas quand elle va déjà mal et qu'elle ne peut plus faire face à ses responsabilités.

En externe, cette conception de l'équilibre entre l'économique et le social est à l'origine de nos pratiques environnementales et d'initiatives sociétales comme notre engagement aux côtés de Muhammad Yunus. C'est aussi elle qui motive la réflexion que nous menons sur la manière dont une entreprise peut stimuler le développement économique et social dans son écosystème : chez ses fournisseurs, ses sous-traitants, dans son bassin d'emploi.

Nous avons déjà bâti dans plusieurs endroits du monde des structures de développement économique local, mais, au moment où l'environnement des entreprises montre combien il peut être fragilisé rapidement, nous pensons qu'il faut systématiser cette démarche, lui donner plus d'ampleur et de pérennité. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de proposer à nos actionnaires de créer une entité spécifique, un fonds de dotation consacré au développement et au renforcement de notre écosystème.

Entièrement financé par Danone, ce fonds sera alimenté par une dotation initiale de 100 millions d'euros, complétée par un abondement annuel de 1 % de notre bénéfice net. Il financera des initiatives diverses identifiées par nos filiales dans les territoires où nous opérons : programmes de développement de compétences chez nos fournisseurs locaux ; création d'activités en lien avec nos métiers (microentreprises de distribution alimentaire, par exemple...); programmes d'insertion à l'emploi autour de nos usines...

Ce ne sera pas un fonds d'urgence, mais au contraire une initiative pour prévenir les situations de crise. Ce ne sera pas non plus un outil pour financer d'éventuels plans de compétitivité de nos sites. Ni la solution à tous les problèmes. Simplement une initiative pour renforcer le tissu économique dont nous faisons partie, et avec lequel nous entretenons une relation de dépendance mutuelle.

Si nos actionnaires confirment leur accord sur ce projet lors de leur prochaine assemblée générale, nous contribuerons, je crois, à notre niveau et sans prétention excessive, à ouvrir de nouvelles perspectives et à redonner justement du sens à l'entreprise, à son rôle dans l'économie et dans la société. C'est, en tout état de cause, ma responsabilité de chef d'entreprise que de m'y employer.
Franck Riboud est PDG du groupe Danone.

LE VATICAN ET LA FINANCE ISLAMIQUE

Vatican Says Islamic Finance May Help Western Banks in Crisis


By Lorenzo Totaro

March 4 (Bloomberg) -- The Vatican said banks should look at the rules of Islamic finance to restore confidence amongst their clients at a time of global economic crisis.

“The ethical principles on which Islamic finance is based may bring banks closer to their clients and to the true spirit which should mark every financial service,” the Vatican’s official newspaper Osservatore Romano said in an article in its latest issue late yesterday.

Author Loretta Napoleoni and Abaxbank Spa fixed income strategist, Claudia Segre, say in the article that “Western banks could use tools such as the Islamic bonds, known as sukuk, as collateral”. Sukuk may be used to fund the “‘car industry or the next Olympic Games in London,” they say.

Pope Benedict XVI in an Oct. 7 speech reflected on crashing financial markets saying that “money vanishes, it is nothing” and concluded that “the only solid reality is the word of God.” The Vatican has been paying attention to the global financial meltdown and ran articles in its official newspaper that criticize the free-market model for having “grown too much and badly in the past two decades.”

The Osservatore’s editor, Giovanni Maria Vian, said that “the great religions have always had a common attention to the human dimension of the economy,” Corriere della Sera reported today.

To contact the reporter on this story: Lorenzo Totaro in Rome at ltotaro@bloomberg.net

 

Vous pouvez trouver une traduction et des commentaires sur le blog suivant :

http://lolik.hautetfort.com/archive/2009/03/08/le-vatican....

03/03/2009

LANCEMENT DE BANQUE ETHIQUE EUROPEENNE

http://www.novethic .fr/novethic/ finance/economie _solidaire/ lancement_ banque_ethique_ europeenne. jsp


Lancement d’une banque éthique européenne


La première banque éthique alternative européenne verra le jour en 2010. Née de la fusion de la Nef (France), la Banca popolare etica (Italie) et Fiare (Espagne), cette banque adoptera le statut de coopérative européenne. L’enjeu est de doter le secteur de l’économie sociale et solidaire d’une institution bancaire dédiée à la demande grandissante d’une finance au service de l’Homme.

Le projet d’une banque alternative européenne mûrissait depuis le regroupement, en 2001, d’institutions financières au sein de la Fédération européenne des banques éthiques et alternatives (FEBEA). Il devrait aboutir en 2010 à la fusion de trois de ses membres – La Nef en France, Banca Popolare Etica en Italie et Fiare dans le Pays basque espagnol– au sein d’une nouvelle entité, la Banca Etica Europa, qui prendra le statut de société coopérative européenne.

« Le développement de la finance éthique nous impose de trouver des réponses adaptées à des attentes toujours plus élevées de nos sociétaires », constate Fabio Salviato, PDG de la Banca popolare Etica. Des attentes qui s’expriment tant du point de vue de la création et du développement d’entreprises et associations investies dans l’environnement, l’économie solidaire ou la solidarité internationale que de l’aspiration grandissante à une épargne citoyenne.

La banque transalpine affiche sur les trois dernières années un taux de croissance de 20 à 30 % tant pour la collecte de l’épargne que pour l’encours de crédit. Du côté de la Nef, l’octroi de prêts a décollé en 2008 (+ 27 %), tandis que l’épargne continue sur sa lancée avec une collecte en hausse de 18 %. La fusion donnera naissance à une banque de pleine exercice, bénéficiant de l’agrément bancaire de Banca etica. Un changement de taille pour Fiare qui dispose du statut de fondation et pour La Nef qui, faute d’agrément bancaire, confiait la gestion des comptes de ses sociétaires au Crédit coopératif. La future banque sera dotée d’un patrimoine de départ de 100 millions €, une épargne de 1,2 milliard € et 50000 sociétaires.

Grandir avec son éthique

Cette fusion à l’échelon européen répond aussi au désir de ces banques alternatives de réaffirmer leur rôle de promoteur face aux banques conventionnelles qui développent départements et produits éthiques. « Notre bilan représente un dix millième de celui de la BNP. Nous pouvons représenter plus, mais notre impact doit aussi être qualitatif, comme montrer qu’il est possible d’être transparent », explique Marc Favier, responsable des projets à La Nef*. « Les fondateurs de la finance éthique doivent rester les protagonistes d’un nouveau système financier », ajoute Fabio Salviato (cf. encadré).

Finance éthique à l’Italienne.

En Italie, éthique veut dire solidaire. Si la plupart des banques gèrent des fonds ISR, le terme d’éthique est réservé à l’activité bancaire orientée vers le financement local d’activités porteuses d’utilité sociale et/ou environnementale. Sur le petit 1,2 Md € de la finance éthique italienne, la Banca popolare etica est au 3ème rang avec 250 millions € d’épargne. Face à elle le numéro 1 des banques italiennes, Intesa San Paolo, a non seulement des fonds ISR, mais a créé en 2007 un concurrent direct à la banque coopérative, Banca prossima. Une concurrence que ne connaît pas la finance solidaire française où éthique et solidaire restent deux segments bien séparés.

Au-delà de la performance financière, c’est l’organisation de la gouvernance de la banque qu’il faudra surveiller afin de savoir si le défi est relevé. Banca Etica et La Nef sont déjà des coopératives dont les sociétaires sont les clients. Mais l’expérience des grandes banques coopératives françaises (Crédit Agricole, Banques populaires.. .) qui sont aujourd’hui devenues des holding aux yeux rivés sur la Bourse attestent de la difficulté à faire vivre ses principes de démocratie économique dans un contexte concurrentiel.
La gouvernance de la Banca Etica Europa devrait largement s’inspirer de l’expérience italienne. La direction centrale y est soumise depuis sa création en 1995 à une forte décentralisation du pouvoir de décision vers les groupes locaux de sociétaires. Une fondation dite culturelle se charge d’entretenir la participation du sociétariat.
En 2008, un Manifeste a été élaboré conjointement dans les trois pays afin de sceller ces grands principes qui visent à « gérer l’épargne comme un bien commun » au service de « l’économie réelle ». 2009 servira à affiner le mode de gouvernance et préparer la bascule vers la nouvelle structure. Le siège s’installera en Italie et un vice-président sera élu dans chaque pays.

Toute la difficulté est d’organiser cet « aller-retour permanent pour définir la stratégie globale conduite par la direction européenne en lien avec l’expression des attentes de la base », décrit Marc Favier. L’on sait déjà que la souscription de parts sociales se fera sur la base du volontariat, ce qui laisse imaginer deux catégories de clients : les épargnants citoyens désireux d’épargner en conscience et les épargnants sociétaires désireux de s’investir dans la vie coopérative.

La BEE devrait aussi jouer la carte des services internet sur le mode des banques en ligne tout en remettant au goût du jour le concept du banquier itinérant qui se déplacera sur un territoire donné, à la rencontre des clients. « Nous serons une banque sans distance », sourit Marc Favier.

* La Nef publie chaque année l’intégralité des prêts octroyés, leurs montants et la nature de l’entreprise financée.
Philippe Chibani-Jacquot
Mis en ligne le : 25/02/2009
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17/02/2009

L'ethique de la finance islamique

Philippe Chibani-Jacquot
Mis en ligne le : 30/01/2009
© 2009 Novethic - Tous droits réservésFinance Acteurs

L'éthique de la finance islamique
Mesures fiscales, opérations de communication, création de diplôme spécialisé... La France ouvre ses portes à la finance islamique. Les valeurs éthiques de ces instruments financiers qui respectent la loi coranique sont mis en avant pour valoriser une source d’investissement potentielle de 100 milliards d’euros en France d’ici 2020. Une aubaine alors que le système financier doit se refaire une crédibilité.
Une nouvelle forme de finance éthique ferait-elle son entrée en France en 2009 ? La finance islamique, implantée historiquement dans les pays du Golfe persique, présente en Grande-Bretagne depuis quatre ans, attire aujourd’hui les convoitises du marché financier français (cf. encadré). Elle représente 700 milliards de dollars et draine les fonds de musulmans désireux d’investir ou épargner dans le respect des préceptes de l’Islam. La finance islamique « se caractérise avant tout par une dimension éthique », expliquait Anouar Hassoune, vice-président de l’agence de notation Moodys, dans un rapport d’information de la commission des finances du Sénat (mai 2008). La Charia édicte cinq grands principes qui encadrent le rapport des musulmans à l’argent : prohibition de l’intérêt, de l’incertitude (aléa, terme du contrat) et du hasard (autrement dit la spéculation), obligation d’adosser tout placement à un actif réel, principe du partage des profits et pertes entre le prêteur et l’emprunteur.
Tout comme la doctrine catholique proscrivait l’intérêt (depuis 1830, distinction est faite entre usure et intérêt), l’Islam rejette le commerce de l’argent qui doit garder son rôle d’unité de valeur et de monnaie d’échange. Bien sûr, la rémunération d’un placement est envisagée d’une autre manière : « la finance islamique reste un business qui tient compte des potentialités de rentabilité.Elle vient se greffer à la finance conventionnelle avec un filtrage (interdiction de l’intérêt, de l’incertitude, du hasard...) qui tente de l’assainir », explique Ibrahim Cekici, co-responsable du tout nouveau diplôme en finance islamique de l’Ecole de management de Strasbourg.
La France veut accueillir la finance islamique.

Pouvoirs publics et les financiers ont accéléré le mouvement, fin 2008, pour séduire les investisseurs islamiques qui, jusque-là, n’avaient que Londres en Europe, pour investir. L’enjeu : attirer une part des importantes liquidités du Golfe persique mais aussi de pays comme la Malaisie sur le marché financier français. La finance islamique représente 700 milliards de dollars d’encours dans le monde aujourd’hui ; elle « pourrait dépasser les 1000 milliards de dollars à la fin de l’année », selon Ibrahim Cekici.

L’interdiction de l’intérêt prend son sens éthique lorsqu’il est associé aux principes de partage des pertes et profits (la rémunération est fonction du résultat économique du placement) et de connexion à un actif réel (le prêt ou l’investissement doit servir à créer de l’activité et de la richesse). Le rendement d’un placement n’est alors pas le fait du simple temps qui passe, mais correspond à la rémunération du service d’intermédiation bancaire associée à une activité économique réelle dont le risque est partagé entre le prêteur et l’emprunteur.
Cette connexion à l’économie réelle permet d’avancer, selon Ibrahim Cekici, que « la finance islamique n'a pas participé aux causes de la crise financière. Car le crédit à intérêt hypothécaire risqué est interdit et les produits dérivés (subprimes, titrisation de créance) sont entachés d'incertitude, l'actif sous-jacent étant un package de crédits revendus sur le marché. Or un principe de l'islam dit : on ne vend pas ce qu'on ne possède pas ».

Contrôle et audit

Tout comme dans la finance éthique chrétienne, des critères d’exclusion sont appliqués aux investissements islamiques. La liste est variable mais on y retrouve obligatoirement l’alcool, les armes, les jeux de hasard et la filière porcine.
Par ailleurs, la finance islamique organise le contrôle des produits dits « charia compatible ». Chaque banque islamique est dotée d’un conseil de la Charia composé de personnalités indépendantes (juristes, économistes spécialisés) qui rend des avis sur les produits mis sur le marché. Des audits internes et externes réguliers se chargent de valider le respect des principes islamiques. Dans le cas où une présomption de genèse d’intérêt est détectée, des dispositifs de « purification » sont organisés sous la forme de donation aux pauvres.
La finance islamique n’a attiré que quelques gouttes de l’océan des liquidités des pays du Golfe. Mais son taux de croissance observé de 15 % annuel engage les places financières européennes et notamment la France à faciliter la compatibilité des placements hexagonaux avec les règles de cette finance, qui a l’avantage de proposer des gardes-fous au système financier actuel.
Philippe Chibani-Jacquot
Mis en ligne le : 30/01/2009
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