24.03.2009

LES FONDS MONETAIRES ISR

Paris, le 23 mars 2009 – Novethic publie aujourd’hui sa première note de travail sur « Les fonds monétaires ISR ». Classe d’actifs en pleine expansion puisque leur volume a été multiplié par six en 2008, ils répondent à l’engouement des investisseurs pour la sécurité qu’offre ce type de fonds mais l’ISR ajoute une dimension de fiabilité tempérée par une transparence relative dans la communication et une absence d’engagement des promoteurs à ne pas investir dans les paradis fiscaux.



Explosion des fonds monétaires ISR

Les 13 fonds monétaires ISR recensés par Novethic dans sa note de travail, pesaient 6,3 milliards d’euros fin 2008, soit 31% des encours des fonds ISR distribués en France contre seulement 5% à fin 2007 ! Il est important de souligner que 6 de ces 13 fonds (dont les trois plus gros) ont été récemment convertis à l’ISR. La tendance se renforce début 2009 puisque les encours du monétaire ISR ont atteint 7,6 milliards d’euros à fin février 2009.

A titre indicatif, les encours des fonds monétaires sur le marché français ont accru de 32 à 43% pour atteindre 490 milliards d’euros sur 2008.



L’ISR garantie la fiabilité…

L’application d’un filtre ISR aux fonds monétaires offre des garanties supplémentaires à des produits déjà peu risqués, mais récemment discrédités par des démarches visant à doper leur performance. En effet, l’ISR permet de mieux répondre aux besoins de sécurité des investisseurs. Evaluer un fonds monétaire selon des critères ESG (Environnement, Social et de Gouvernance), permet d’en cerner la nature, les caractéristiques et de mieux identifier les émetteurs.



…mais pas la transparence

Néanmoins, le niveau de transparence fournit par les sociétés de gestion qui proposent des fonds monétaires ISR reste inégal et limité, notamment en ce qui concerne les règles de sélection et les seuils de tolérance. Alors que certains gérants excluent d’office les titres ne faisant pas l’objet d’une évaluation extra-financière, d’autres en autorisent un pourcentage, parfois jusqu’à 50%, en portefeuille. Par ailleurs, aucun d’entre eux n’a pris de position concernant les paradis fiscaux, considérés comme catalyseurs de la crise financière, dont les titres figurent parfois parmi les dix premières positions des fonds du panel de Novethic.



Les Fonds monétaires ISR constituent la première édition des notes de travail du centre de recherche de Novethic. Synthétiques, elles se focalisent sur une thématique ISR et ont pour objectif de nourrir le débat sur la prise en compte de critères ESG dans la sphère financière. Publiées à un rythme trimestriel, les notes de travail prévues pour 2009 concernent :

§ Finance islamique et ISR : Quelles convergences possibles ?

§ Quand le « private equity » passe à l’ISR

§ La généralisation de l’intégration de critères ESG

A propos de Novethic

Filiale de la Caisse des dépôts et consignations, Novethic est un centre de recherche, d'information et d'expertise sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises et l'investissement socialement responsable. Son site, www.novethic.fr, est le média expert du développement durable, source de référence pour les acteurs de l’économie responsable.


Source : Communiqué de presse

21.02.2009

Les émissions ISR institutionnelles, nouvel eldorado pour la finance durable ? Par Alexis Carre

Article proposé et écrit par Alexis Carre.

 

QUESTION: quel est le point commun entre Soeur Nicole Reille, le Fonds de Réserve pour les Retraites (FRR) et la Région Nord Pas-De-Calais ? Réponse : l' Investissement Socialement Responsable ou ISR. L' investissement socialement responsable consiste à intégrer aux critères financiers usuels de l'analyse fondamentale un filtre développement durable. C'est l'application du principe de développement durable à la gestion. La finance durable et éthique a le vent en poupe, entraînant dans son sillage les investisseurs institutionnels ou "zinzins". Dans la lignée de la tendance observée en 2006, les investisseurs institutionnels français se sont montrés particulièrement dynamiques avec des encours ISR en hausse de +36% à 14.7 Mds d'euros à fin 2007. Mais qui sont exactement ces "green investisseurs" ?


Les investisseurs institutionnels ISR français sont constitués pour l'essentiel d' assurances, de mutuelles, de caisses de retraite et de prévoyance, de fondations ou de congrégations religieuses. L' approche ISR réponds à la double logique de diversification des risques et d'investissement à long terme chère aux institutionnels. L' incorporation de critères extra-financiers de développement durable, souvent plus qualitatifs, permet une meilleure appréhension du couple rendement/risque, source de création de valeur à moyen/long terme. En choisissant des entreprises ou des états respectueux de valeurs éthiques, environnementales, sociales ou de gouvernance d'entreprise, les "zinzins" diminuent ainsi les risques juridiques, sanitaires et de réputation de leur placements. Outre une stratégie de gestion des risques, les motivations principales pour investir dans l'ISR sont la volonté du conseil d'administration et le souhait d'expérimenter un nouveau mode de gestion. A cela peut s'ajouter une logique de différenciation marketing des assurances, mutuelles et caisses de retraites visant à séduire de nouveaux clients, notamment particuliers. Débâcle financière, court-termisme, absence de morale, les particuliers sont en effet en quête de sens et l' ISR peut leur apporter ce "supplément d'âme". Certains particuliers y voient même une force de rappel pour les marchés financiers, en témoigne l'étude d'Opinionway réalisé pour le compte de Paris Europlace en Novembre 2008.

En terme d'allocation d'actif, une enquête menée au printemps 2008 par Seeds Finance en partenariat avec Macif Gestion révèle une préférence des institutionnels français pour les actions, puis les obligations . Novethic dans son étude annuelle sur le marché de l'ISR français en 2007 souligne que leur zone d'investissement de prédilection est la zone Euro. Les institutionnels ISR investissent majoritairement via deux types de supports, des véhicules de gestion collective et dédiée. La gestion collective s'établit à fin 2007 à 5.8 Mds d' euros, en progression de +16%. La gestion déléguée et interne connaissent un fort développement à respectivement 4.8 Mds d'euros (+59%) et 4.1 Mds d'euros (+48%). 2007 marque un changement dans leur mode d'investissement, puisque désormais leur présence sur le marché de l' ISR s'effectue majoritairement via des supports de gestion dédiée (60%).

La gestion dédiée ISR a en effet été marquée en 2007 par la percée des institutionnels français de la retraite, sous l'impulsion notamment de l' Établissement de Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (ERAFP) et du Fonds de Réserve pour les Retraites (FRR). Les chiffres de 2008 devraient confirmer cette tendance, avec l'appel d'offres 100% ISR de 150 millions d'euros en actions internationales et de 250 millions d'euros en obligations crédit réalisé par l' ERAFP. Le fonds de pension a par ailleurs été salué pour son engagement et ses actions en matière ISR par Natixis AM et le cabinet de conseil Amadeis en recevant le " Prix de l' Investisseur Responsable 2008". L' établissement s'est notamment illustré par une gestion intégralement développement durable dès l'origine, avec une stratégie à 100% en placements ISR. Au global, les fonds de pension publics et de réserves représentent 61 % du marché de la gestion dédiée ISR, devant les compagnies d'assurances et mutuelles (30%) et les fondations et organisations religieuses. Ces derniers qui ont pendant longtemps constitué l'essentiel de la clientèle institutionnelle ISR en gestion dédiée, ont vu leur poids décliner au cours des dernières années.

Historiquement, c'est en effet à une religieuse, Soeur Nicole Reille, que l'on doit le premier fonds éthique français. S'inquiétant au début des années 1980 de la retraite de ses coreligionnaires, Soeur Nicole Reille, expert comptable de formation, s'interroge sur les possibilités d'un placement long terme respectueux de principes moraux et sociaux. La réponse prend la forme du fonds commun de placements Nouvelle Stratégie 50, né en 1983 grâce à la société de gestion Meeschaert. À l'époque, une vingtaine de critères sont définis, parmi lesquels certains concernent les salariés, d'autres l'environnement. Sont exclues les activités nuisibles, comme l'alcool, le tabac, ou la pornographie.

Les approches d'exclusion sont toujours fréquemment utilisées en gestion dédiée ISR par les institutionnels français. A fin 2007, elles concernent 76% des encours gérés. Alors que les fonds de pensions étrangers, notamment anglo-saxons et scandinaves, proposent des filtres d'exclusion comme unique démarche ISR, les institutionnels français se distinguent avec des approches intégrant quasi systématiquement des filtres sélectifs ESG. L'appoche ESG consiste à choisir les entreprises les meilleures de la classe (" best in class" ) ou celles ayant le plus progressé ("best efforts") en terme de critères environnementaux (E), sociaux (S) et de gouvernance d'entreprise (G). En vogue au Etats-Unis, en Angleterre et surtout en Suisse via la fondation Ethos, l' approche activiste vise à faire pression sur les entreprises en faveur d'une responsabilité sociale et environnementale accrue par le dialogue direct et l'exercice des droits de votes. Si la culture du lobbying est parfaitement intégrée dans ses pays, l'activisme institutionnel fait encore cruellement défaut en France.

C'est ce que confirme une étude réalisée par Novethic avec le soutien de BNP Paribas Investment Partners fin 2008. L'enquête a été effectuée auprès des dirigeants d'une trentaine d'institutionnels français ( mutuelles, caisses de retraites, assurances et fondations) et au Royaume-Uni d'un quart des cent plus grands fonds de pension. Il en ressort que 79% du panel britannique place la gouvernance d'entreprise au coeur de ses priorités alors que le panel français accorde davantage d'importance à la question sociale (48%). En matière de gouvernance d'entreprise, les moyens d'actions divergent. Les Français privilégient une approche déclarative avec l'envoi de questionnaires aux entreprises dont ils sont actionnaires. Plus revendicatifs,les Anglais n'hésitent pas à faire pression en utilisant leur droit de vote en assemblée afin de défendre leurs intérêts de minoritaires. Les institutionnels français évoquent le désintérêt de leurs propres bénéficiaires (à l'exception du monde paritaire) comme le principal obstacle à leur activisme .

Au delà de ces prismes locaux, l' étude souligne un fort sentiment de responsabilité puisque 70% des institutionnels interrogés se déclarent responsables des stratégies des entreprises dans lesquelles ils investissent. L'enquête pointe cependant une minoration des enjeux environnementaux. "L'éco-conception des produits n'est, par exemple, une priorité que pour 24% des Français et 16% des Anglais, alors qu'elle peut avoir une incidence directe sur la compétitivité des entreprises et ses coûts de fabrication". Les raisons principalement invoquées sont le manque de connaissance des instituionnels sut l'articulations des questions écologiques avec les politiques des entreprises.

Un institutionnel français sur deux a déjà intégré l'investissement socialement responsable dans son portefeuille d'actif. C'est ce qu' indique un sondage mené par Seeds Finance et Macif Gestion, auprès d' une centaine d'investisseurs institutionnels français. Toutefois l' ISR représente moins de 5% des encours pour 7 institutionnels sur 10. Le potentiel de progression est substantiel. Parmi les freins au développement, l'étude souligne un "effet de mode marketing", une difficulté à sélectionner les bons gérants et une méconnaissance de cette approche d'investissement.

On mesure ici l'effort de pédagogie et de clarification indispensable à la maturation de la gestion ISR. Une charte est en cours d'élaboration entre le comité de Paris Europlace et les associations professionnelles du secteur. Une réflexion est par ailleurs menée sur la création d'une plate-forme européenne qui permettrait aux entreprises d'harmoniser et de communiquer les différents indicateurs en matière de responsabilité sociale. Novethic a lancé une réflexion en interne visant à encadrer le marché de l'ISR. S'il se concrétise, ce projet déboucherait sur un « label » basé sur des critères de construction de portefeuilles et de communication financière.

Soulignons en conclusion l'initiative de la Région Nord Pas-de-Calais, qui a lancé la première émission obligataire ISR début 2009 avec Dexia et HSBC comme arrangeurs. Cette opération inédite a permis à la région de diversifier ses sources de financement, touchant des fonds spécialisés ISR, des assureurs, des mutuelles à la fois français et européens. Le thème ISR s'est révélé un facteur positif. « Il a permis de faire jouer l'effet rareté et de faciliter les discussions sur le prix, indique Jérôme Pellet, à l'origination secteur public chez HSBC. Le thème ISR permet de toucher des poches de placements supplémentaires, de gros fonds spécialisés trouvant difficilement, actuellement, les papiers ISR où s'investir. ». Jouissant de notations financières (AA- Standard & Poor's ) et extra-financières favorables (AA+ BMJ Rating), la Région Nord Pas-de-Calais a pu levé 50 M€ à des conditions tout à fait intéressantes. Via cet emprunt la région poursuit sous l'angle financier une constante de sa politique, axée sur le critère du développement durable. Les émissions ISR institutionnelles, nouvel eldorado pour la finance durable ?


A.C.


BLANC, D., HOBEIKA, S., SICARD, J.P.(Mai 2008).ENQUETE ANNUELLE SUR LE MARCHE FRANÇAIS DE L'ISR EN 2007 : Gestion collective, dédiée et interne . Novethic.

(Novembre 2008).L' ERAFP reçoit le " Prix de l' Investisseur Responsable 2008 ". L'AGEFI Quotidien.

(2 Décembre 2008).Prix de l'Investisseur Responsable 2008. Publinet.

AIT-KACIMI, N. (27 Novembre 2008). L' établissement de retraite additionnelle de la fonction publique sacré meilleur "investisseur responsable". Les Echos.

AIT-KACIMI, N( 27 Novembre 2008). Un institutionnel sur deux mise sur l'ISR. Les Echos.

R. DOUMIC, I.(1 Avril 2008). Les modes de gestion de l'ISR évoluent en profondeur. Gestion Privée Magazine.

(9 Décembre 2008). Novethic : Enquête exclusive France / Royaume Uni 70 % des investisseurs institutionnels se déclarent responsables des stratégies ESG des entreprises dont ils sont actionnaires.Business Wire .

AIT-KACIMI, N. (5 Décembre 2008). L' activisme des institutionnels français fait encore défaut. Les Echos.

FUKS, J. ,D'AUVIGNY, C.H. (Novembre 2008). Les Français et les outils financiers responsables : notoriété, perception et intérêt. Opinionway.

SCHAUB, C. (1 Octobre 2008).L'actionnaire activiste. Enjeux Les Echos.

LANDROT, A. (25 Novembre 2008). Le développement durable s'impose dans la finance. L'AGEFI Quotidien.

GARROUSTE, F. (15 Janvier 2009). Succès de la première émission obligataire socialement responsable. L'AGEFI Quotidien.


--
Alexis Carré

16.02.2009

CONFERENCE SUR LE DEVELOPPEMENT DURABLE DANS LES FINANCES ETHIQUES

ASSOCIATION FINEQUITY


ORGANISE UNE CONFERENCE le 22 février 2009
à 14h00
Au MYANIS,
Salon de thé, 132 boulevard de Ménilmontant 75020 Paris


Les finances éthiques à l’heure du développement durable


L’intérêt accru pour la finance islamique tant des pouvoirs publics que des professionnels et particuliers, ravive le débat du développement durable et de la nécessité de promouvoir la finance éthique sous ses différentes. C’est dans ce contexte que Finequity, fervent acteur et promoteur des finances éthiques, équitables et solidaires vous propose d’aborder ces thématiques.


14h : Début de la conférence
- Le développement durable, de sa définition à son immersion dans la finance éthique
- Son application en Micro Finance, ISR, et Finance Islamique

15h : Table ronde :
- Vers une conjonction des finances éthiques ?
- Le coming out des finances éthiques : de la structuration des acteurs aux efforts des figures politiques

15h30 : Débat avec la salle

17h30 : Tea time

Avec la participation de :
Mlle Christelle Banlier
– Consultante en contrôle de gestion – Membre de l'association Finequity
Mlle Nadia Dhaoidi– Responsable développement, J'Epargne Utile
Mr Tarik Bengarai– Chercheur en jurisprudence et en économie – Co fondateur de doctrine malikite.fr
M. Kader Merbouh – Consultant en banque d'investissement, Président de l'association Finequity
M. Mallé Siby – Analyste Risques Marchés, Membre de l'association Finequity









Contacter et rencontrer Finequity :
E-mail : association.finequity@gmail.com
Blog : http://associationfinequity.hautetfort.com

14.02.2009

LE POTENTIEL DE L'ISR

PRECEPTA vient de publier une étude, après plusieurs mois d’enquêtes et d’entretiens directs avec de nombreux dirigeants du secteur, sous le titre : « L’investissement socialement responsable - Positionnements et stratégies des opérateurs ». Voici les principaux enseignements de cette étude appronfondie de 110 pages.

 

A court terme, les ISR (Investissement Socialement Responsable) continueront de pâtir de la crise financière, de performances en berne et d’un retour de l’aversion pour le risque. Compte tenu des liquidités en circulation, un rebond des places
financières peut être attendu d’ici 2010.


ISR - L’investissement socialement responsable : un potentiel énorme


Des moteurs de croissance importants
L’ISR recèle un potentiel de croissance indéniable à l’heure où une prise de conscience généralisée s’opère sur les enjeux liés au développement durable. Pour preuve, les récentes mesures prises par l’Union européenne en faveur d’une réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre et du développement des énergies renouvelables d’ici 2020.

La finance durable représente aujourd’hui encore un segment étroit de la gestion d’actifs avec moins de 2% des encours sous gestion. Même prise au sens large, c'est-à-dire en ajoutant aux fonds ISR purs (approches éthiques classiques Best in class, exclusion…), des approches ESG (Environnement Social Gouvernance) moins « fondamentales » (moins de 2 critères d’exclusion…), l’ISR reste confidentiel avec moins de 5% du total des actifs.

Pour autant, les institutionnels sont de plus en plus nombreux à adopter une démarche éthique. L’Etat y a participé en incitant le Fonds de Réserve des Retraites à investir une partie de ses actifs en Investissement Socialement Responsable. Bercy vient en outre de préconiser dans sa nouvelle loi de modernisation financière que tous les plans d’épargne devront proposer un fonds solidaire.

Le vieillissement de la population et avec lui la défaillance des systèmes de retraite et l’accroissement de l’épargne retraite sont de fait de bon augure pour l’essor du marché de l’ISR dans les années à venir.

Au-delà, ce sont d’autres moteurs structurels qui soutiendront le marché à moyen terme : diversification et multiplication des offres de produits financiers éthiques, des indices ISR, accroissement de l’épargne retraite et salariale… Les mesures réglementaires en faveur d’un développement des fonds ISR devraient également y contribuer.

Les acteurs ont été fortement touchés par la crise…
La crise financière n’a pas épargné les leaders de l’ISR. Spécialisée sur la banque d’investissement et de financement, Natixis est l’une des banques françaises les plus exposées. Dexia a quant à elle évité la faillite grâce à l’apport de plus de 6 milliards d’euros par les Etats français et belge. Le premier bénéficie de son leadership sur le marché de l’épargne salariale et le second de son positionnement auprès des institutionnels et des collectivités locales. Le troisième acteur
Rabobank, groupe néerlandais (présent sur le marché français via Robeco et la banque Sarasin) dont les résultats financiers ont encore progressé en 2008 fait donc figure d’exception dans ce paysage.
Quant aux banques françaises et aux assureurs (qui arrivent derrière en ordre dispersé selon leur volonté de pénétrer le marché de l’ISR), ils ont globalement mieux résisté à la crise financière.

… sans pour autant interrompre leurs offensives
Les volontés de déploiement des acteurs sur le marché de l’ISR restent d’actualité. La création de nouveaux fonds en est la preuve la plus évidente. Ce mouvement n’est pas récent : ces dernières années, leur nombre a été multiplié par 4. La diversification de l’offre y a bien sûr contribué.

Les sociétés de gestion proposent des investissements selon des thématiques précises : critères sociaux, humains, dimension éthique et partage… Les produits « verts » sont aussi de plus en plus nombreux.
Ces derniers incluent des sociétés qui travaillent sur l’environnement : gestion des déchets, eau, énergie renouvelable… Reste que cette nouvelle catégorie complexifie encore le marché, l’investisseur ayant du mal à comprendre la différence entre des fonds verts et les fonds ISR.

L’arrivée de nouvelles sociétés de gestion sur le marché de la finance durable participe à la tendance.
Dernier exemple en date : le lancement d’une structure commune entre le groupe de gestion UFG et la banque Sarasin, dotée de 10 professionnels. A noter : Robeco avait pris le contrôle de 64% de SAM (Sustainable Asset Management) fin 2006 dans le but de devenir l’une des premières plates-formes mondiales dédiées à l’ISR. Cette acquisition a permis à Robeco d’offrir de nouveaux fonds dans l’hexagone.

Le produit doit être démocratisé
Si l’essor de la finance durable est donc réel, les sociétés de gestion d’actifs devront pourtant redoubler d’efforts dans les années à venir pour sortir le marché de sa confidentialité.

Communiquer auprès d’un large public est en outre indispensable pour accroître la notoriété du produit et favoriser sa commercialisation auprès des particuliers. Si ces derniers se disent en effet de plus en plus intéressés par les problématiques de développement durable, passer à l’étape de la transaction est plus difficile.
La motivation des réseaux des banques est de ce fait indispensable pour permettre la diffusion du produit auprès du « mass market » et des clients de la banque privée. Une stratégie qui s’est d’ailleurs avérée payante chez certains acteurs comme Natixis qui a resserré ses liens avec la Caisse d’Epargne et la Banque Populaire. Ceci s’accompagne chez certains acteurs par le lancement d’assurance vie « éthique », produit phare des Français.
Rassurer les clients, privilégier les supports les moins risqués et améliorer la gestion des risques dans un contexte de crise de confiance devra bien évidemment être également au coeur des priorités.

QUI SOMMES-NOUS ?
PRECEPTA, division du groupe Xerfi, est un cabinet d’analyse indépendant, qui mène des études stratégiques, publiées à sa
propre initiative.
Il apporte à ses lecteurs, par son expertise professionnelle, sa liberté éditoriale, son ouverture intellectuelle, l’accès à la connaissance actualisée des évolutions sectorielles, des stratégies des acteurs économiques et de leur environnement.
Les études Precepta fournissent des clés pour mieux comprendre les enjeux d’un secteur, les rapports de forces qui s’opèrent et les axes stratégiques en cours, ceci dans le but de stimuler la réflexion stratégique.

www.xerfi.fr

10.02.2009

MORALISATION DU CAPITALISME



Moralisation du capitalisme
La finance éthique, un remède anti-crise ?

Par Nadia Djabali (10 février 2009)

Régulons, moralisons, responsabilisons… Avec la crise, les investissements « socialement responsables », en vogue depuis le début des années 2000, reviennent en force. En France, ils représentent plus de 22 milliards d’euros d’encours. Remise en cause sincère des finalités de la finance ou simple caution morale pour redorer le blason du capitalisme ?

Fin novembre 2008 s’est tenu à l’université Paris-Dauphine un colloque intitulé : « Renforcer la contribution de la finance au développement durable : enjeux de long terme, propositions pour l’Europe ». La finance deviendrait-elle subitement responsable ? Gérard Mestrallet, dirigeant le groupe Suez environnement explique à une brochette de financiers et de chefs d’entreprise : « Stabilité, responsabilité, transparence et long terme sont les piliers sur lesquels la finance doit se reconstruire. Ces valeurs sont celles de la finance durable ». Puis Franck Riboud, PDG de Danone s’exprime en faveur d’une remise à plat des modes de rémunération des dirigeants et assure que son groupe intégre des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans le calcul des bonus des mille premiers dirigeants de son entreprise. Rappelons qu’en 2007, Franck Riboud a engrangé 11,3 millions d’euros de revenus soit 750 années de Smic. A ce prix là Danone doit être irréprochable… Quant à la « transparence » invoquée par Gérard Mestrallet, elle peut laisser pantois les adhérents de l’association bordelaise Trans’Cub qui a estimé les surprofits de Suez à 400 millions d’euros sur trente ans de distribution de l’eau à Bordeaux.

« Il faut changer les choses pour que l’environnement devienne un nouveau facteur de croissance » martelait Nicolas Sarkozy lors de ce colloque. Ainsi pour sauver les meubles d’un système économique en déroute, on fait appel au développement durable et à l’investissement socialement responsable (ISR). La crise aura pour conséquence de poser le débat de la « finance durable », de l’éthique et de la gouvernance des entreprises sur la place publique. Considéré comme un outil de régulation utile dans la crise actuelle, l’investissement socialement responsable a soudain le vent en poupe. Régulation certes, mais opérée spontanément par les investisseurs eux-mêmes. Mais que sont vraiment les ISR ?

Citoyen actionnaire, mythe ou réalité ?

L’ISR (Lire notre précédente enquête sur le sujet) se veut un placement privilégiant des titres d’entreprises alliant politique d’emploi innovante, respect de l’environnement et rentabilité financière. L’objectif affiché est qu’en plaçant son épargne dans les ISR, on œuvre pour une société plus juste et un monde plus propre. Les plus optimistes appréhendent ces instruments financiers comme des outils de moralisation d’une planète économique et financière qui ne jauge une entreprise que par son niveau de rentabilité financière. Des critères extra financiers permettent de se pencher sur l’utilité réelle des biens fournis et sur la manière dont ces biens sont produits au regard des normes sociales et du respect de l’environnement. Si produire des éoliennes et des panneaux solaires c’est bien, les fabriquer en Chine dans un contexte peu respectueux des conditions de travail et en polluant le fleuve qui passe à côté pose problème. La rentabilité n’est bien sûr jamais perdue de vue – nous n’avons pas affaire à des philanthropes - il suffit juste de trouver des outils qui permettent de transformer les pratiques sociales et environnementales en surplus de dividendes. Non contents d’avoir produit des politiques de dumping social tout en saccageant la planète, les tenants du pouvoir économique souhaitent désormais, en ces temps de crise morale, extraire de la plus-value du comportement social et environnemental des entreprises.

Le discours sur l’ISR fait la part belle à la « démocratie actionnariale ». « Les fonds d’investissements socialement responsables permettent [à l’épargnant] d’utiliser son argent pour faire pression sur les grands acteurs privés et les conduire à améliorer leur pratique en matière sociale et environnementale. Ces placements aident des personnes en difficulté à accéder à un logement ou à une activité professionnelle et soutiennent des micro-entrepreneurs en France ou au Sud. », lit-on dans le hors-série du mensuel Alternatives économiques consacré à ce type de placements (Les placements éthiques et solidaires, Hors-série pratique n°35).

L’image du citoyen actionnaire « qui crée du lien social en investissant dans une micro société produisant du bio » est-elle plus proche du mythe ou de la réalité ? Si l’on se réfère à une étude menée par la filiale de la Caisse des dépôts et consignation, Novethic (un centre de recherche spécialisé dans la responsabilité sociale des entreprises et l’ISR), on sait qu’en 2007, la majorité des ISR gérés en France étaient investis en actions dans de grandes entreprises, les PME ne représentant qu’une part très minoritaire (3%). Les « placements solidaires », vers des petites entreprises d’insertion, la construction de logements sociaux ou le financement d’associations par exemple, font figure de niche encore plus marginale [1]. Les fonds éthiques sont investis dans les grandes valeurs boursières tandis que les produits solidaires - plus « militants » - financent des initiatives sociales de terrain. Entre les deux, rien, ou pas grand chose. Les petites et moyennes entreprises (PME), qui pourraient plus facilement représenter un modèle économique alternatif à la multinationale en matière de démocratie d’entreprise ou de politiques salariale, sont encore ignorés par les placements éthiques.

Évalué à 1% des investissements gérés en France, le secteur socialement responsable a enregistré une progression de 30% entre 2006 et 2007 pour atteindre 22,1 milliards d’euros d’encours (19,5 milliards fin 2008) qui sont maintenant détenus à 66% par des investisseurs institutionnels (les fameux zinzins). Car depuis 2006, fonds de pension, assureurs et réassureurs sont de plus en plus intéressés pour les critères ESG et les incluent dans certains de leurs portefeuilles. Les « AXA WF Human Capital », « Green Planet Fund » du Crédit Agricole, « HSBS Euro Obligations responsables », « LCL obligations développement durable », « Natixis Impact Life Quality » ou « Macif Croissance durable » se sont multipliés depuis quelques années.

Biodiversité ? Connais pas.

Le Centre d’analyse stratégique (Cas), organisme d’expertise rattaché au Premier Ministre a pour mission d’éclairer le Gouvernement dans la définition et la mise en œuvre de ses orientations stratégiques en matière économique, sociale, environnementale ou culturelle. Il a publié une note de 24 pages dans le cadre de l’organisation du colloque Nouveau monde, nouveau capitalisme (éthique, développement, régulation) organisé par Éric Besson, (à l’époque où il était encore secrétaire d’État chargé de la Prospective) qui s’est tenu les 8 et 9 janvier à Paris en présence de la fine fleur de l’économie mondiale. Les trois dernières pages de cette note sont consacrées à la contrainte environnementale et à la « croissance durable ».

Le Cas indique que la finance socialement responsable pourrait être confortée par la crise financière. « On peut néanmoins s’interroger sur le caractère réellement alternatif de l’ISR et sur sa capacité à rendre le capitalisme plus soucieux de l’environnement, alors que la performance sociale et environnementale reste faiblement corrélée à la valorisation boursière », précise le rapport. Il ajoute qu’en dehors des cas de violation extrême des droits de l’homme, « les ISR excluent rarement des entreprises de leur portefeuille et ne sont pas davantage prémunis de la logique de rendement à court terme. Leur prise en compte du long terme reste strictement limitée par la logique de la revente des titres au bon moment avec un taux de rotation de 6 à 9 mois comparable à celui des autres fonds. » Par ailleurs, les marchés financiers n’abordent les questions environnementales qu’en fonction des secteurs très polluants alors qu’elles sont transversales à tous les types d’activité. « Les marchés ont commencé à s’intéresser aux gaz à effet de serre à partir du moment où ces derniers ont eu une traduction financière palpable par le biais des quotas de permis d’émission. »

En décembre 2008, Novethic a publié une nouvelle étude : « Les investisseurs se sentent-ils responsables des politiques environnementales, sociales et de gouvernance des entreprises dont ils sont actionnaires ? » Les réponses laissent perplexe. La préoccupation des impacts environnementaux arrive… en dernière position chez une majorité d’investisseurs institutionnels. « Non seulement l’environnement n’est pas perçu comme une priorité mais les investisseurs sont peu nombreux à considérer qu’ils doivent intervenir prioritairement dans ce domaine auprès des entreprises », déplore Novéthic. Quand on leur demande de classer ces enjeux par ordre d’importance, ils sont moins de la moitié à placer le réchauffement climatique en tête. Quant à la protection de la biodiversité, elle ne les intéresse tout simplement pas.

Conditions de travail… Plaît-il ?

S’agissant des critères sociaux, les investisseurs français privilégient le respect des Droits de l’homme (vaste fourre-tout) mais sont peu intéressés par les conditions de travail chez les sous-traitants. La question de la préservation de l’emploi local dans les pays développés n’est pas non plus un enjeu primordial à leurs yeux. Côté « gouvernance », c’est davantage le contrôle des dirigeants que celui de leurs rémunérations qui obtient leur faveur. Exit donc le social et l’environnemental. Dans ces conditions comment différencier les ISR du monde de la finance classique ?

Certains fonds excluent pour des raisons morales ou religieuses des secteurs tels que l’armement, le jeu, le tabac ou des entreprises faisant travailler des enfants ou implantées dans certains pays. La FIDH (Fédération internationale des droits de l’Homme) par exemple définit les critères de sélection d’un fonds intitulé Liberté et solidarité qui notamment exclut toute entreprise implantée en Birmanie. Le groupe Total en fait partie. Mais le pétrolier émarge aussi parmi les actionnaires de Vigeo, l’agence de notation extra-financière dirigée par l’ancienne dirigeante de la CFDT Nicole Notat, qui fournit des informations sur la responsabilité sociale, environnementale et de gouvernance pour les trois quart des investisseurs du marché français.

Eclatement de la bulle spéculative verte

« Les produit solidaires avaient une bonne capacité de résistance face à la chute boursière du fait de leur orientation sur des entreprises qui recherchent une croissance réaliste mais durable... Pour autant, la finance solidaire a posé dès son origine un pied dans les marchés classiques », indiquait en septembre L’association Finansol, qui fédère les organisations de finance solidaire en France. Si les placements solidaires souffrent aussi de la crise financière, les fonds ISR liés aux valeurs boursières y sont encore plus exposés. Elle n’a pas épargné le secteur de l’environnement. Les fonds thématiques verts ont perdu 24% de leur valeur entre début 2008 et septembre 2008. Les entreprises du secteur de l’environnement sont nombreuses à avoir perdu entre 50 et 70% de leur valeur. Les marchés financiers auraient considéré que, compte tenu de la crise, les banques ne financeraient plus les professionnels de l’environnement dont l’activité repose à 80% sur le crédit. Les Etats-Unis ne s’y sont pas trompés. Le plan Paulson prévoit en effet un crédit d’impôt de 17 milliards de dollars pour financer pendant huit ans les énergies solaires et éoliennes. En France, on préfère les réacteurs nucléaires.

Les fonds étiquetés ISR sont-ils en train de servir de caution morale à un système qui est encore loin de se remettre en cause, au risque de décrédibiliser la notion d’éthique ? En 2008, Amadeis (conseil en gestion d’actif) et Natixis, ont créé le prix de l’investisseur responsable. Un jury présidé par Jacques Attali l’a décerné à l’Etablissement de Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (ERAFP), un fonds de pension créé en 2003 à la suite de la loi Fillon sur les retraites. Ajoutons que parmi les nominés figuraient Carrefour, etFrance Télécom, qui en tant qu’employeurs sont peu connus pour avoir des politiques du personnel progressistes. Peut-être en est-il autrement pour les investisseurs responsables, mais responsables de quoi ?

Nadia Djabali
Notes

[1] Les produits financiers « solidaires » occupent une place à part dans l’investissement socialement responsable (ISR). D’abord par les sommes mobilisées – 1,27 milliards d’euros début 2007 contre plus de vingt milliards pour les fonds ISR classiques - et le public concerné – environ 270.000 souscripteurs, souhaitant agir concrètement sur leur environnement économique quitte à sacrifier une partie du rendement de leur épargne. Surtout, c’est l‘objectif des placements qui diffère. L’éthique n’est pas dans la manière de gérer ces fonds, même si elle doit bien sûr être transparente, mais dans leur finalité : le soutien à une cause humanitaire, à un projet de développement, à l’insertion sociale ou à l’accès au logement. Ces placements solidaires disposent du label Finansol.

05.02.2009

L'ISR definition par Alexis Carré

QU'EST CE QUE L' INVESTISSEMENT SOCIALEMENT RESPONSABLE?

Grenelle de l'environnement, Protocole de Kyoto, Prix Nobel de la paix à Al Gore et au groupe intergouvernemental d'expert pour le climat (Giec), Pacte mondial, norme ISO 26 000, Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE), Principles for Responsible Investment (PRI), Carbon Disclosure Project (CDP),.. : le thème du développement durable a le vent en poupe, et les sociétés de gestion entendent bien surfer sur cette vague verte. L'Investissement socialement responsable (ISR) ne relève pas de la philanthropie, mais vise précisément à trouver un équilibre entre optimisation des profits d'une part et enjeux éthiques, environnementaux, sociétaux et de gouvernance d'entreprise d'autre part. L'approche ISR consiste à intégrer aux critères financiers usuels de l'analyse fondamentale un filtre développement durable. C'est l'application du principe de développement durable à la gestion. L'incorporation de critères extra-financiers, qui sont souvent plus qualitatifs, permet ainsi une meilleure appréhension du couple rendement/risque, source de création de valeur à moyen/long terme. Plusieurs approches ISR cohabitent :


Approche négative ou exclusive


Fonds éthiques. C'est la démarche historique : on exclut de l'univers d'investissement les secteurs et les sociétés qui ne sont pas conformes aux normes éthiques que l'on se donne. On parle de « sin stocks » ou valeurs du péché. Au départ, seuls des secteurs étaient visés, comme la pornographie, le tabac, l'armement, le jeu, l' alcool,.... Aujourd'hui, analyses et champs d'étude se sont sophistiqués. Peuvent être exclues les sociétés qui ne respectent pas les traités internationaux ou celles qui réalisent des affaires dans des domaines ou des pays controversés.

Les premiers fonds éthiques sont apparus aux États-Unis dans les années 1920 pour le compte de protestants. En France, le premier fonds de ce type a été créée en 1983 par la société de gestion Meeschaert. La Banque postale fut également un des pionniers de la gestion dite « éthique » en lançant un fonds en 1997 à destination de congrégations religieuses. Allianz Global Investors France gère actuellement le fonds d'exclusion Ethica pour la conférence des Évêques de France.

En Europe, les Britanniques, les Suisses, mais aussi les Scandinaves restent attachés aux critères d'exclusion. « La référence à l'éthique ou aux valeurs morales ne fait pas peur en Suisse ou en Grande Bretagne, alors qu'en France, on a tendance à considérer que cela relève de la religion », confirme Emmanuel de La Ville, le directeur général de l'agence de notation indépendante Ethifinance.


Approche positive ou sélective


Fonds « best in class ». Très attaché à la laïcité, la France a donc développé une gestion ISR un peu différente. Certes, les fonds d'exclusion existent aussi dans l'Hexagone. Mais le moteur de l'ISR en France reste une approche positive visant à sélectionner les meilleures entreprises dites « best in class » selon des filtres environnementaux, sociaux et de gouvernance d'entreprise au sein de chaque secteur. On parle de critères ESG.

Ainsi en matière d'environnement (E) l'analyste ISR scrutera par exemple les émissions de gaz à effets de serre (CO2), la pollution ou encore le respect de la biodiversité. Sur le plan social (S), il pourra observer le turn over, les politiques menées contre travail des enfants et les discriminations, la protection sociale des salariés, les mesures en faveur des préventions des accidents ou de lutte contre la corruption. Pour la gouvernance d'entreprise (G), il se concentrera par exemple sur la qualité de la communication financière, la stabilité et diversité de l'actionnariat, les pouvoirs et contre-pouvoirs en place dans l'entreprise, l'existence d'administrateurs indépendants,…

Une valeur n'ayant pas franchi le filtre éthique de l'approche exclusive peut être incluse dans un fonds « best in class » ce qui peut être source de confusion. « Un gérant privilégiant cette approche peut mettre en portefeuille une valeur comme Total pour saluer ses efforts en matière de développement durable. En revanche, il restera à l'écart de son concurrent ExxonMobil, réputé être indifférent aux questions environnementales », explique un spécialiste de l'ISR.

Les critères ESG sont les piliers de l'approche « best in class », mais d'autres éléments peuvent être intégrés. L'agence de notation extra-financière Vigeo, ajoute ainsi l'engagement sociétal, le comportement vis-à-vis des clients et des fournisseurs et le respect des droits de la personne.


Fonds "best efforts". Certaines sociétés de gestion mettent aussi l'accent sur les acteurs dont la notation extra-financière ESG s'améliore constamment, ceux qui font les meilleurs efforts ou « best efforts ».



Approche activiste


Fonds activistes. La gestion « activiste » consiste à faire pression sur les entreprises en faveur d'une responsabilité sociale et environnementale accrue par le dialogue direct et l'exercice des droits de votes. C'est une approche en vogue aux États-Unis, en Angleterre ou en Suisse. La Fondation Ethos, qui regroupe les intérêts de 78 fonds suisses, n'hésite pas à proposer le vote de résolutions en assemblée générale et à batailler avec les conseils d'administrations si le dialogue préalable n'a pas permis d'obtenir les résultats espérés. La direction de la Banque UBS en a fait les frais récemment.


Approche thématique


Fonds thématiques. Les années 2006 et 2007 ont vu les sociétés de gestion développées des gammes thématiques. « L'offre thématique se développe dans tous les pays européens. C'est la que se portent les souscriptions et les innovations en ce moment », confirme Benoît Magnier, co-fondateur d'Altedia Investment Consulting. L'approche thématique consiste à bâtir un fonds en privilégiant un thème précis : les questions climatiques, le respect des droits de l'homme, l'eau, les énergies renouvelables, traitement des déchets… Attention tous les fonds thématiques ne sont pas ISR et la confusion règne parfois. Il ne suffit pas d'être un « fonds vert » positionné sur les énergies renouvelables pour être ISR. Pour cela, il faut également satisfaire aux critères extra-financiers ISR. Novethic a ainsi étudié 22 fonds verts l'an passé sur le marché français, pour conclure que seuls 7 d' entre eux présentaient une véritable approche ISR. Les autres relevaient plus simplement de la catégorie des fonds sectoriels.


Approche solidaire et de partage


Fonds solidaires. Les fonds solidaires ont pour point commun de financer directement des projets socialement utiles, qui n'ont pas accès au financement bancaire classiques. Activités d'insertion, de créations d'emplois, micro crédit, aide au logement : les possibilités sont nombreuses. Pour qu'un fonds soit qualifié de « solidaire » il faut qu'au moins 5% à 10% de l'épargne collectée servent à financer des projets solidaires. Le Label Finansol a été créé en 1997 pour aider les investisseurs à sélectionner les fonds répondants à ces critères d'investissement .Un des fonds ISR solidaire pionnier est Insertion Emplois de Natixis Asset Management. « Grâce à nos investissement, nous avons créé 16 000 emplois depuis la création de notre fonds Insertion en 1994 » explique ainsi Patrick Savadoux.


Fonds de partage. Avec les fonds de partages, les sociétés de gestion vont plus loin en reversant à leur frais une partie des commissions de gestion à des organisations non gouvernementales (ONG) ou des associations caritatives. C'est le cas de Federal Action Finance, du Crédit mutuel Arkéa, ou d'Actions Nord Sud Alcyone Finance. Pour ce dernier fonds, la gestion est focalisée sur une préoccupation particulière : la réduction de la pauvreté dans les pays du Sud. Aussi le choix des valeurs est-il réalisé en concertation avec l'ONG Care France, grand réseau humanitaire » souligne Stéphanie Giamporcaro, responsable de la recherche ISR à Novethic. En contrepartie, les souscripteurs de ces fonds bénéficient d'un crédit d'impôts. Pour bénéficier du label Finansol, ces fonds doivent reverser au moins 25% de leur performance. Les fonds solidaires et de partage, ne sont pas nécessairement ISR. Ils doivent en plus des critères Finansol passer le crible des critères extra-financiers ISR.


Tendances actuelles


Un marché en constante progression. L'ISR ne procède ni d'une démarche humaniste, ni d'une stratégie purement marketing. La gestion ISR vise à créer de la valeur sur le moyen/long terme en adjoignant aux variables et ratios financiers d'analyses classiques un filtre extra-financier pour optimiser la construction d'un portefeuille. Malgré la crise actuelle, l'ISR est en constante progression. Selon EuroSIF, l'ISR pesait 2 665 milliards d'euro d'encours en Europe à fin 2007, contre 1 033 milliards fin 2005 et 336 milliards fin 2002.


Un besoin de clarification. Il n'existe pas de définition unique de l'ISR. Plusieurs approches ISR coexistent. La frontière entre ces différentes approches n'est pas imperméable. Certains gérants mêlent approche exclusive et « best in class », d'autres thématique et activiste, …Hétérogène dans ses pratiques, la gestion ISR pose un problème de lisibilité et de transparence pour les investisseurs et un réel défi aux consultants et analystes qui souhaitent hiérarchiser ses produits. C'est pourquoi Novethic a lancé une réflexion en interne visant à encadrer le marché de l'ISR. S'il se concrétise, ce projet déboucherait l'an prochain sur un « label » basé sur des critères de construction de portefeuilles et de communication financière. « Depuis 7 ans, l'univers ISR est passé en France d'une trentaine de fonds à plus de 200 produits, détaille Anne Catherine Husson-Traore, la directrice générale de Novethic. Il est donc devenu important d'apporter un éclairage sur ses caractéristiques. Faute d'un référentiel adapté, d'une méthodologie et de repères clairs et de garanties quant à l'engagement réel des sociétés de gestion, l'ISR ne parviendra pas à s'imposer durablement ».


Professionnalisation de la gestion ISR. Aux côtés des agences de notation extra-financières, bon nombres de sociétés de gestion développent leurs propres cellules d'analyse ISR en interne. Appréciant la complémentarité des filtres financiers et extra-financiers, certaines sociétés de gestion songent même à généraliser l'approche ISR à l'ensemble de leur gestion. « L'ISR apporte, en effet, une dimension complémentaire et une réelle valeur ajoutée à la gestion fondamentale. » confie Michel Lemonnier, responsable de la recherche ISR chez Groupama AM.


La gestion ISR comme force de rappel pour les marchés financiers. Perte de confiance, court-termisme, absence de morale, débâcle boursière, certains voient même en ses temps de crise la gestion ISR comme une force de rappel nécessaire pour les marchés financiers.


A.C.


Lambert, A. (Septembre 2008). Fonds ISR : Des approches toujours plus hétérogènes. L'AGEFI Hebdo.

Michel, A. (Octobre 2007). Le pari de l'éthique. La Vie Financière.

Lambert, A. (Novembre 2007). L'investissement socialement responsable à le vent en poupe. La Tribune.

Garnier, L. (Novembre 2007). Toutes les pierres pour bâtir le portefeuille éthique idéal. Le Revenu.

Roudaut, Y. (Novembre 2007). Les visages de l'investissement utile. Le Monde.

Roudaut, Y. (Mai 2008). Les multiples visages de l'ISR. Le Monde.

Durand, C. (Février 2008). Investissement socialement responsable : une clarification indispensable pour séduire les particuliers. L'AGEFI ACTIFS

Lucas Leclin, V., Schneider-Maunoury,G. (Novembre 2008). L' investissement socialement responsable sort de sa boîte. La Tribune.

Maulini,S.,Aubert,S.,Morell,Y (Mars 2007). L'investissement socialement responsable, une autre vision de la bourse. Investir.

(Novembre 2008). Vers un label ISR ? Environnement & Stratégie.

Bisaga, T.( Février 2008). Le classement des fonds ISR confronté à la diversité des approches de gestion. Asset Management Magasine.




--
Alexis Carré

31.12.2008

la formation au développement durable

Développement durable : la formation dans la banque est insuffisante

16 octobre 2007

Julia Lemarchand

Un récent rapport sur la sensibilisation des salariés au développement durable montre que, sur ce terrain, les banques ont encore beaucoup à faire.

La place accordée par les entreprises du CAC 40 à la mobilisation des salariés dans la communication développement durable est encore largement limitée, rapporte l'étude réalisée conjointement par Novethic (1) et Des enjeux et des Hommes (2).

Seuls deux rapports développement durable 2006 – une communication rendue obligatoire par la loi NRE (nouvelles régulations économiques) de 2002 mais qui n'impose aucune obligation de résultats – accordent une place centrale à la formation des salariés (reporting dit « intégré »). Il s'agit de Total et St Micro Electronics. Pas de banque donc.

D'autre part, pour plus de la moitié du CAC 40, une telle action ne fait pas partie des objectifs affichés. Parmi les 5 groupes du secteur bancassurance présents dans le CAC 40, seuls deux se démarquent, Crédit Agricole et Société Générale, par un niveau de reporting dit « développé ». Les trois autres BNP Paribas, Dexia et Axa, eux, sont à la traîne avec un reporting dit « limité ». La dernière catégorie étant reporting « fragmentaire ».

Les financiers sensibilisés mais encore trop peu formés

 

« Les banques ne sont pas les derniers de la classe, ni les premiers. Bref, moyen dans l'ensemble ! Cependant, il faut garder en tête que le niveau de la classe n'est pas franchement remarquable… », résume Anne-Catherine Husson-Traoré, directrice de Novethic.

Leurs rapports présentent davantage d'actions de sensibilisation (communication interne, événements, débats, expositions, etc.) que d'actions de formation (e.learning, modules en salle, etc.). Ainsi, les « éco-gestes », type diffusion d'un livret pratique, sont particulièrement en vogue. En revanche, « quand il s'agit de développer des compétences et d'appliquer à toutes les lignes métiers la stratégie affichée par le top management, les bons élèves se font beaucoup plus rares, constate Anne-Catherine Husson-Traoré. Or ce secteur nécessite précisément une grande pédagogie tant l'implication environnementale des offres financières faites aux clients est complexe ».

 

Et quand les banques s'engagent dans cette voix, à l'instar de Dexia et Crédit Agricole faisant état de modules de formation à l'ISR (investissement socialement responsable) à destination de leurs salariés, les auteurs de l'étude parviennent mal à en saisir la réalité opérationnelle (nombre d'heures, nombre de salariés concernés, lieux…). Pourtant, on est sur ce terrain au cœur des enjeux clés sur lesquels le secteur bancassurance peut véritablement peser.

 

(1) Novethic : Filiale de la Caisse des Dépôts, Novethic est un centre de recherche, d'information et d'expertise sur l'investissement socialement responsable et la responsabilité sociale et environnementale des entreprises.

(2) Des enjeux et des Hommes : Cabinet de formation et de conseil spécialisé dans la mobilisation des salariés pour le déploiement des politiques de développement durable dans les pratiques et comportements professionnels.