Finance islamique, antidote à la crise financière?
L’occident est sous l’emprise d’une crise financière, la pire depuis celle de 1929, ses effets commencent à se faire sentir dans l’économie réelle et la mondialisation accélère sa propagation en effet domino à travers le reste du le monde.. Les experts dénoncent “la faillite d’un système économique et financier aux contrôles défaillants et à la finalité discutable” et proclame une moralisation de l’économie de marché pour qu’elle soit “au service de l’Homme” (1).
“En réalité, et Benoît XVI nous pardonnera, au moment où nous traversons une crise financière qui balaie tous les indices de croissance sur son passage, c’est plutôt le Coran qu’il faut relire que les textes pontificaux. Car si nos banquiers, avides de rentabilité sur fonds propres, avaient respecté un tant soit peu la Charia, nous n’en serions pas là“(2) C’est avec ces mots que l’éditorialiste français, Vincent Beaufils, décrit la situation et préconise le recours à la finance islamique.
En effet, la finance islamique pourrait offrir une réelle alternative à l’actuelle économie de marché, ou du moins y être bien intégrée en tant que complément indispensable (3).
La finance islamique a fêté en 2005 ses 30 ans d’existence, durant lesquels, elle a enregistré des taux de croissance variant entre 10 et 30% en fonction des classes d’actifs. Actuellement, sa taille de marché représenterait entre 500 et 700 milliards de dollars basée essentiellement en moyen orient.
Mais qu’est ce que la finance islamique?
La finance islamique prône une économique d’éthique, elle est bâtie sur cinq piliers :
- Pas de “riba” (intérêt, usure) : Les prêts d’argent doivent être dénués de profit, ce qui revient à des taux d’intérêts proches du zéro ;
- Pas de “gharar” ni de “maysir” (spéculation, incertitude) : Les jeux d’argent basés sur le hasards sont prohibés de même que les transactions à visées spectatrices ;
- Pas de “haram” (secteurs illicites) : Sont aussi défendus, tous les investissements dans les secteurs illicites par la Charia (Alcool, tabac, pornographie, …) ;
- Obligation de partage des profits et des pertes : Que se soit entre associés ou entre banque et client, le partage des profits et des pertes est obligatoire, il se fait selon le contrat initial ou selon les apports respectifs;
- principe d’asset-backing (adossement à un actif tangible) : Les transactions financière islamiques doivent avoir un lien directe avec un actif réel et tangible donc avec l’économie réelle.
Un conseil de conformité à la Charia, présent dans chaque institution financière, valide le caractère islamique d’un produit financier ou d’une transaction financière.
L’application de ces principes islamiques aurait-elle pu éviter une telle crise?
Techniquement, l’application stricte des cinq principes de la finance islamique n’aurait pas eu pour conséquence la crise des subprimes. Celle-ci est d’abord fondée sur l’octroi de crédits immobiliers à des populations risquées, du point de vue de leurs revenus, par rapport à leurs charges de remboursement, puis sur le repackaging de ces crédits de base dans des structures financières très complexes et très risquées. Les crédits hypothécaires risqués, les subprimes, et leurs dérivés extraits de structure de titrisation sont fondés sur les taux d’intérêt. Comme ces derniers sont interdits en islam, alors effectivement on n’aurait pas pu rencontrer un tel cocktail explosif dans le monde musulman. (4)
Et la fiscalité?
En réponse à certaines sources (7) qui s’interrogent sur l’imposition et les règles fiscales de ces transactions, je précise il n y a pas d’impôts à proprement dit en islam, en revanche la Zakate est l’un des 5 piliers de l’islam, c’est l’aumône obligatoire que tout musulman verse annuellement en vertu des règles de solidarité instituées par l’Islam. Tout musulman qui possède pendant toute une année lunaire la valeur du Nissâb (valeur prédéterminée en épargne, bétail, minerais ou marchandises) ou plus, doit s’acquitter d’un pourcentage prédéfini du montant total de ses biens au profit des plus pauvres de sa communauté en commençant par sa famille (à l’exception de ceux qui sont à sa charge) et ses voisins (8)
Par exemple, quelqu’un qui possède pendant toute une année une somme d’argent (argent liquide bloqué qui ne circule pas, car autrement il n’est plus imposable) équivalente à 85gr d’or (C’est le Nissab qui correspond à l’argent liquide) doit à la fin de cette année verser 2.5% de cette somme au profit des nécessiteux. (9)
source http://www.reflexblog.servhome.org/2008/10/actualite/finance-islamique-crise-financiere/