10/11/2009
CRISE ET OPPORTUNITE DE L'ISR par NAAM
«La crise est une opportunité pour l’investissement responsable»
INTERVIEW - Philippe Zaouati, directeur du développement chez Natixis asset management, estime que les difficultés actuelles de la finance peuvent constituer un accélérateur pour le développement des placements socialement responsables.
Philippe Zaouati a publié en octobre dernier «Investir responsable : en quête de nouvelles valeurs pour la finance» aux éditions Lignes de repères.
Lefigaro.fr/jdf.com - Quel est l’impact de la crise sur la demande en investissements socialement responsables (ISR) ?
Philippe Zaouati – Nous nous sommes d’abord demandé si la crise n’allait pas faire disparaître l’ISR, du fait de la raréfaction des liquidités sur les marchés. Mais en fait, elle a renforcé les interrogations autour de la responsabilité des investisseurs, et le besoin pour des produits simples, à échéance de moyen ou long terme. Avec la crise, il y a une reprise en main de la gestion, basée sur des choix et non plus seulement sur des modèles économétriques.Historiquement, chaque crise sur les marchés financiers a permis de renforcer un peu plus l’intérêt des investisseurs pour l’ISR : cela a notamment été le cas après les scandales financiers liés à Enron, à Worldcom ou encore à Vivendi. Et cet essor se produit avec un effet de cliquet : autrement dit, quand on commence à investir de façon responsable, parce qu’on est convaincu de l’utilité de ces placements, on ne revient pas en arrière. Mais ce type de produits, désormais reconnu par les investisseurs institutionnels reste méconnu des particuliers.
Certains estiment toutefois que l’ISR est d’abord un argument marketing pour les sociétés de gestion. Que leur répondez-vous ?
Sur l’ensemble des gérants qui s’intéressent à l’ISR, certains sont d’abord convaincus par le potentiel de ce marché. Mais à côté de ces cyniques, il y a aussi des maisons de gestion qui investissent dans des équipes dédiées, en recrutant des spécialistes de l’analyse extra-financière, en plus des traditionnels analystes financiers. Par exemple, chez Natixis AM, nous avons recruté sept personnes qui analysent exclusivement l’impact environnemental et social des entreprises, ainsi que leur gouvernance, et cette équipe sera renforcée en 2010 via de nouveaux recrutements.De telles équipes dédiées apportent leur propre évaluation des entreprises socialement responsables, et ne se limitent pas à intégrer les conclusions des agences de notation extra-financière, comme Viageo, qui sont mises à jour tous les ans voire tous les deux ans. Ce délai est bien trop grand pour être opportun. Il est donc essentiel pour un gérant d’actif d’apporter sa propre expertise dans ces choix de gestion. De la même façon, si un gérant crédit se contentait des notes établies par Moody’s et Fitch pour prendre ses décisions d’investissement, il ne serait pas sérieux.
Comment expliquez-vous que la finance islamique soit plus médiatique que les placements ISR, alors que leurs positionnements sont proches ?
Les placements responsables dans le monde anglo-saxons sont conçus comme des fonds d’exclusion : les entreprises dont les produits ou les pratiques ne respectent pas les convictions morales défendues par le fonds sont sorties du portefeuille. C’est classiquement le cas des industries de l’armement, du tabac, des vins et spiritueux, sans oublier les sociétés dans la pornographie et les jeux. La philosophie de ces fonds est très proche de celle des fonds islamiques.Mais il existe d’autres types de placements ISR, notamment ceux qui défendent une approche de «meilleur élève», qui sont les plus répandus en France par exemple. Dans ces fonds, les gérants investissent dans chaque secteur sur les sociétés qui fournissent le plus d’efforts en matière de limitation de l’impact de leur activité sur l’environnement, qui veillent à améliorer leur politique sociale et leur gouvernance. Ainsi, un fonds de ce type peut avoir Total en portefeuille. Le grand public peine à comprendre la logique d’un tel investissement, qui consiste à encourager les bonnes pratiques. Ceci explique sans doute pourquoi ces fonds sont moins connus, et aussi moins médiatisés, que des fonds thématiques sur l’environnement ou les énergies renouvelables, par exemple.
Comment voyez-vous évoluer la demande en placements responsables ?
La demande va sans aucun doute augmenter au cours de l’année prochaine. A partir de janvier prochain, la réglementation obligera chaque entreprise à inclure au moins un fonds d’épargne solidaire parmi l’ensemble des fonds proposés dans le cadre du plan d’épargne entreprise. Ainsi, la part que les institutionnels consacrent à l’IRS, qui représente entre 5% et 15% aujourd’hui, pourrait doubler voire tripler d’ici à trois ans.
Source :
http://www.jdf.com/sicav-fcp/2009/11/10/02010-20091110ARTJDF00111-la-crise-est-une-opportunite-pour-linvestissement-responsable.php
20:29 Publié dans 4-I.S.R | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : isr, crise, ecologie, gouvernance, valeurs
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